Le Huang Shan

Notre voyage de mi d’avril ayant touché à sa fin, nous avons entrepris en mai une autre excursion, plus courte, mais non moins fascinante, aux montagnes jaunes, dans la province de l’Anhui, dans l’est de la Chine, à presque trois cents kilomètres au sud-ouest de Suzhou.

Carte de Chine où figure le Huang Shan et Suzhou

Arrivée à Tunxi

Après un voyage en train de nuit depuis Suzhou qui a duré près de huit heures, nous arrivons au petit matin dans la bourgade de Huangshan, nommée aussi Tunxi, 屯溪 en sinogrammes simplifiés. C’est une ville d’environ cent cinquante mille habitants située au confluent des fleuves Xin’an et Heng.

Dès la sortie sur le parvis de la gare, tout comme à Guilin et Yangshuo, nous sommes interpellés par les nombreux conducteurs et accompagnateurs de mini-bus qui se rendent dans la ville au pied des montagnes jaunes.

Rue touristique à Tunxi

Nous nous rendons d’abord à l’auberge de jeunesse que nous avions réservée pour y déposer quelques affaires, puis nous revenons vers notre point de départ, où nous ne tardons pas à monter dans un véhicule. Nous devrons attendre près de deux heures que l’engin se remplisse pour pouvoir démarrer, c’est chose commune en Chine.

Une heure de cahots et de conduite folle à travers la ville et la campagne plus tard, notre moyen de locomotion arrive à Tāngkǒu, ce bourg qui fait office d’étape avant d’entreprendre une montée au sommet du Huang Shan, 黄山, en pinyin : Huángshān.

Il nous faut changer de bus pour monter, cette fois, dans un autocar de tourisme grand confort pour encore vingt minutes de trajet et pouvoir enfin arriver à l’entrée du site.

Les marches de l’est

Vous l’aurez deviné, l’entrée est payante, et allégés de quelques dizaines de yuans, nous passons le portail qui mène au sommet, par les marches de l’est.

Vue d'une montagne au Huangshan, province de l'Anhui, Chine depuis les marches de l'est

Le premier point à bien comprendre est le mode d’accès au sommet. Il en existe plusieurs : un téléphérique au nord du massif, deux au sud, à l’est et à l’ouest (le plus haut du monde) et enfin deux parcours « traditionnels » qui sont les « marches de l’est » (longues et difficiles) et les « marches de l’ouest » (encore plus longues et difficiles).

Vue en plongée sur les marches de l'est aux montagnes jaunes

Nous avons choisi de monter l’escalier de l’est, entièrement taillé dans le granit enlevé à la montagne. Autant vous dire que l’effort à fournir est quand même important, les non-sportifs et les personnes qui ne sont pas en bonne forme physique ne s’y aventurent pas et préfèrent (légitimement) se servir des téléphériques qui leur font économiser quelques heures de montée.

Autre vue d'un sommet du Huangshan, province de l'Anhui, Chine

L’altitude en bas des marches est d’un peu moins de mille mètres, et on gravit près de six cent mètres (au bas mot), des milliers de marches plus ou moins hautes, avant d’arriver à la crête de l’oie blanche, où s’arrête le téléphérique de l’est.

Le téléphérique des marches de l'est au Huangshan, province de l'Anhui, Chine

La montée s’avère assez rude, et pleine de surprises. La rencontre avec les porteurs locaux est la plus surprenante : ces hommes portent sur leurs dos des charges plus volumineuses que leurs propres corps.

Les porteurs au travail sur les marches de l'est des montagnes jaunes

À leur approche, nous sommes obligés de rester sur le bas-côté des escaliers pour les laisser passer alors qu’ils tentent de garder un équilibre précaire en descendant ou montant le long du ravin ! Les touristes chinois, à leur grande habitude, n’ont pas une once de considération pour eux et font des pieds et des mains en pestant pour passer devant ces « Atlas » en miniature.

Leur physionomie est caractéristique : ceinture abdominale et mollets extrêmement développés, masse graisseuse quasi-absente, peau burinée par le soleil et les vents. Où l’on se rappelle qu’il y a encore de tels travaux de forçat…

Paysage des montagnes jaunes, le Huangshan, province de l'Anhui, Chine

Une fois arrivés en haut, et quelques litres de sueur répandus, on profite du spectacle des pics et des falaises dont les têtes se perdent dans le brouillard alors que les forêts de pins parasols constituent un lit de verdure qui semble impénétrable.

Vue du sommet de la crête de l'oie blanche au Huangshan, province de l'Anhui, Chine

Les couleurs sont profondes, l’atmosphère humide et le ciel étrangement bas, pas de doute, nous sommes arrivés en haut, là où les sentiers de randonnée relient les différents pics.

Une nuit au sommet du Huang Shan

Depuis la dynastie Qin (221-207 avant J.-C.), les monts Huang portent le nom de Yi Shan, soit « la première montagne ». En 1982, ils ont même été déclarés comme « site touristique de beauté et d’histoire considérable » par le Conseil d’État de la République Populaire de Chine.

Vue au sommet du massif des montagnes jaunes, province de l'Anhui, Chine

C’est dire s’ils occupent une place importante dans le paysage local ! Et c’est peu dire : de nombreuses peintures chinoises traditionnelles à l’encre de chine représentent les volutes de brumes et la végétation, qui sont toujours des images très populaires aujourd’hui, auprès des touristes mais également des Chinois.

Vue sur le massif du Huangshan, province de l'Anhui, Chine

« En haut » — il est difficile de vraiment parler de sommet car ils sont nombreux au kilomètre carré, plus de 70 sommets dépassent les 1000 mètres d’altitude — les marches sont moins abruptes et on peut plus facilement passer d’un endroit à l’autre.

Nous avions décidé de passer la nuit au sommet, et réservé deux places en dortoir dans un hôtel qui malheureusement affichait des prix frisant le scandale. Heureusement, le fait d’être en pleine semaine nous permit de bénéficier de tarifs un peu moins exorbitants.

Huangshan au coucher du soleil, province de l'Anhui, Chine

Mais avant de nous endormir, nous avons eu la chance de contempler un coucher de soleil incroyable de beauté, sur un paysage digne d’Avatar1.

Vue du soleil couchant sur le Huangshan, province de l'Anhui, Chine

Émerveillement garanti devant cette lumière rasante et ces couleurs époustouflantes.

Pin parasol dans le soleil couchant sur le Huangshan, province de l'Anhui, Chine

Crêtes rocheuses du Huangshan, province de l'Anhui, Chine

Une fois le soleil derrière l’horizon brumeux, les couleurs de feu s’éteignent progressivement, le bleu domine, puis nous rentrons à l’hôtel.

temple chinois sur le Huangshan au coucher du soleil

La lune au sommet du Huangshan, province de l'Anhui, Chine

Les prix pratiqués ici sont eux aussi impensables : pour une simple bouteille d’eau, il faut compter dix yuans, contre un seul en bas. Mais il ne faut pas oublier qu’elles sont montées par les porteurs évoqués plus haut ! Pour se restaurer également, peu de choix, alors il faut penser à emmener sa soupe de nouilles en pot !

L’hôtel en haut des montagnes jaunes — aux prix scandaleux — dans lequel nous avions réservé, abuse à tous les niveaux de sa position très avantageuse sur les touristes désarmés. Les multiples dortoirs de huit personnes (non-mixtes) aux lits superposés mesurent à peine dix mètres carrés et sont en fait aménagés pour neuf, en se servant d’un lit de camp posé dans le seul espace vide de la pièce. Ne parlons même pas des draps à la propreté douteuse et de l’hygiène générale des chambres !

Touristes au Huangshan dans le soleil couchant

Dormir dans un dortoir rempli de groupes organisés de Chinois est une expérience unique : le bruit se prolonge jusque tard dans la nuit, au fil des parties de cartes qui se succèdent ou des conversations à voix haute qui se poursuivent jusqu’ à après le coucher. Difficile de dormir et de se lever à quatre heures du matin pour profiter du lever de soleil. Tant pis pour nous, mais le repos était nécessaire.

Au sommet du Huangshan durant le coucher du soleil

Descente et vertige

Au petit matin (soit à six heures), le paysage est là aussi totalement incroyable car réellement différent de celui que nous contemplions la veille au soir. Le soleil est déjà haut dans le ciel.

Les groupes précédés de leur guide vocalement amplifié sont légion (montés grâce aux téléphériques) et forcément envahissants. Nous décidons d’emprunter ce qui nous semble la suite logique à la montée d’hier par les marches de l’est, à savoir la descente par les marches de l’ouest. Les guides touristiques consultés conseillaient d’ailleurs cet itinéraire. Mais ils ne précisaient pas que certains passages sont terribles pour les gens souffrant de vertige !

Ici, pas de rambardes de sécurité le long de certaines falaises et vue sur le vide, les cailloux mille mètres plus bas quatre-vingt dix pour cent du temps…

Vue en plongée depuis un pic du Huangshan, province de l'Anhui, Chine

La vue est splendide, le relief et les détails minuscules du massif sont saisissants. Là une vue en plongée sur un autre pic, là une volée d’escaliers montant sur plus de cinquante mètres.

Parcours touristique au Huangshan

Les deux passages les plus impressionnants sont le rayon céleste, 一线天, en piniyin Yīxiàn Tiān, et l’arrivée au sommet du pic de la fleur de lotus, Liánhuā fēng, 莲花峰, qui culmine tout de même à 1864 mètres.

Le premier des deux est une véritable crevasse percée dans la roche granitique, très escarpée, à travers laquelle on descend par un escalier glissant. Au-dessus des têtes, un énorme rocher est coincé entre les deux étroites parois. Pas dangereux, mais assez surprenant !

Rayon céleste au Huangshan, province de l'Anhui, Chine

Le deuxième point fort se mérite et offre un panorama incomparable sur le site classé par l’unesco qui s’étale sur plus de cent cinquante kilomètres carrés.

Au sommet du pic de la fleur du lotus

Des escaliers en colimaçon creusés dans la roche, des pins parasols, du vide, des crevasses, aucune norme de sécurité (ou peu) pour une expérience inoubliable.

Vue depuis le pic de la fleur du lotus au Huangshan

Pins parasol en haut du Huangshan

En redescendant, nous avons choisi d’emprunter le plus haut téléphérique du monde, quinze minutes de descente mécanisée qui nous a permis de ne pas rentrer trop tard dans l’après-midi pour pouvoir encore profiter de la vieille ville à Tunxi.

Téléhpérique de l'ouest au Huangshan

Falaise au Huangshan

Paysage depuis le plus haut téléphérique du monde au Huangshan

Dans cette dernière, les cafés et les boutiques occupent tous les rez-de-chaussée des vieux bâtiments tordus de pierre et de bois. Le touriste y trouvera les mêmes babioles et gadgets que partout ailleurs : pinceaux de calligraphie, mauvaises copies de peintures, écharpes en « soie véritable », bijoux, etc.

Pas vraiment de choses surprenantes ici pour nous qui avons déjà sillonné quelques ruelles dans les différentes vieilles villes.

Hongcùn

Ruelle sombre à Hongcun

Pour terminer notre passage dans la province du Anhui, nous voulions également découvrir les petits villages de la région. En commençant par celui de Hongcùn, 宏村, (le pinyin ne reflète pas du tout la prononciation de ce nom), à une heure en bus de Tunxi, fondé sous les Song du Sud (960-1279), inscrit au patrimoine mondial de l’unesco.

Pour l’anecdote, la région est très photo-cinémato-génique puisque c’est là que différentes scènes du film Tigre et Dragon ont été tournées !

Pont de Tigre et Dragon à Hongcun

L’entrée est payante, moins de cent yuans, c’est quand même très cher pour visiter un village.

Ruelle à Hongcun

Habitation en bord de rivière à Hongcun

Cela n’arrête pas pour autant les hordes de touristes en mal d’authenticité et de vieilleries !

À l’intérieur, la visite commence par une vue sur les « jeunes artistes » peignant des croûtes figuratives au bord du lac du sud (un étang tout ce qu’il y a de banal).

Étudiants chinois en art à Hongcun

On se promène sous de grands arbres avant de traverser un petit pont qui mène dans les ruelles du village.

Ruelle à Hongcun

Porte à Hongcun surmontée d'une lanterne chinoise

Dans celles-ci, encombrées, quelques pavillons à visiter, toujours sensiblement similaires.

Maisons au bord du lac d'Hongcun

Bouddha et plaques légales chinoises

Intérieur d'une maison à Hongcun

Partout les ruelles semblent effectivement vétustes, mais chaque habitant a ouvert son propre commerce ou petit restaurant.

Babas et gâteaux secs sous moustiquaire à Hongcun

INtérieur d'une maison chinoise à Hongcun

Haricots chinois séchant au soleil à Hongcun

La visite peut se faire en deux heures et malheureusement pour nous, à cet endroit, aucun bus ne partait en direction des autres petits villages de la région, alors nous sommes retournés à Tunxi, notre ville étape, avant de repartir pour Suzhou et ainsi terminer notre « voyage de fin d’année »…

Chemin de la campagne chinoise à Hongcun

  1. James Cameron, le réalisateur de ce blockbuster ouvrant la porte du cinéma en 3D, déclara dans une interview au Global Times en 2009 que le Huang Shan avait été l’une de ses influences ! []

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