Escale à Sanya 1/2

Début d’une série de publications qui va faire le résumé d’un mois de nos pérégrinations dans divers endroits en Chine, en commençant par l’île de Hainan, puis par les villes de Kunming, Lijiang, Dali, Guilin et enfin Yangshuo. Bien entendu, chaque article sera indépendant des autres (sauf mention contraire) mais certaines références pourront nécessiter d’avoir lu les étapes précédentes pour être comprises.

Carte de Chine figurant les villes de Sanya Shanghai et Suzhou

Ce premier article traitera de notre découverte de la ville de Sanya, au sud de l’île du Hainan, de ses plages, de quelques particularités locales et de notre passage dans la forêt tropicale Yanoda.

Arrivée sur l’île du Hainan

Fleur tropicale sur l'île de Hainan en Chine

Un petit mot tout de même de notre départ du Suzhou et du Art & Design Technology Institute, car sur le moment c’était plutôt cocasse. Il faut avant tout se rappeler que l’école est très excentrée, à plus d’une heure en bus du centre-ville de Suzhou. Pour se rendre à la gare des trains, située, elle, à une bonne demi-heure en voiture, nous avons l’habitude d’emprunter ce que nous appelons communément des « faux-taxis », à savoir des particuliers qui officient sous le manteau comme des professionnels, le compteur en moins, et la négociation acharnée avec le client en plus.

Malheureusement pour nous, ce jour-là, ils refusèrent tout bonnement d’approcher la gare ; nous en avons déduit après-coup que des contrôles policiers avaient dû sévir à l’encontre de leurs collègues. Nous avons toutefois réussi à leur demander de nous approcher au plus près du site. Ce que le chauffeur fît en nous laissant le long de la glissière de sécurité de la bretelle du périphérique à six voies qui menait au parvis de la gare…

Nous avons dû finir les cinq cent derniers mètres à pied, avec de lourds sacs à dos de voyage, à proximité des voitures roulant à tombeau ouvert… Il faut avouer que cela ne laissait rien présager de bon pour la suite des événements !

Heureusement, le reste du trajet (en train jusqu’à Shanghai, en métro jusqu’à l’aéroport de Pudong, puis en avion) se révéla plus facile.

L’ouverture des portes de l’avion sur le tarmac du Phoenix airport à Sanya à plus de deux heures du matin laissa entrer dans la cabine climatisée une bouffée de chaleur et d’humidité, qui contrasta avec les mois de froid que nous avions enduré durant l’hiver et le printemps à Suzhou !

Plage de sable fin

Après une fin de nuit plutôt bruyante à l’auberge de jeunesse (un immeuble en chantier juste sous nos fenêtres), il était temps de voir un peu plus à quoi pouvait bien ressembler Sanya, cette ville de la limite, la plus au sud de l’île de Hainan, et donc, de la République Populaire de Chine !

Plage et palmier sur la plage à Sanya, Hainan

La chaleur en ce mois d’avril était suffocante : le thermomètre affichait allègrement les trente-cinq degrés dans la journée, à quoi il fallait rajouter un taux d’humidité dans l’air assez élevé. Il faut quand même préciser que Sanya, en caractères simplifiés : 三亚 ; et en pinyin : Sānyà, est approximativement située sur la même latitude que Hawaii (et que, pour l’anecdote, elle est jumelée avec Cannes).

Plage et baigneurs chinois à Sanya

Après quelques repérages et à peine cinq minutes de déambulation dans les rues encombrées jouxtant notre résidence pour une semaine, nous découvrons un spectacle digne d’une agence de voyage : palmiers, ciel azur, plage de sable fin… Nous ne sommes décidément plus dans la même Chine !

C’est ce qui est renversant dans ce pays-continent (et nous nous en sommes aperçu tout au long de nos excursions de cette année) : les paysages sont tellement variés, les climats tellement opposés, les couleurs souvent si inédites qu’il semble que l’on puisse s’évader bien plus en Chine que dans n’importe quel autre pays.

Fleur tropicale à Yanoda, île du Hainan, Chine

L’île du Hainan, en caractères simplifiés : 海南岛, en pinyin : Hǎinán Dǎo, ce qui signifierait quelque chose comme « île au sud de la mer », est située dans la province du même nom, qui compte un archipel de près de deux cents îles. Cependant, elle est la plus grosse de toutes (près de 33000 kilomètres carrés, soit plus que la Bourgogne) et couvre presque la totalité de la surface immergée des terres de la région administrative. Elle portait auparavant des patronymes évocateurs tels que « falaise des perles » (珠崖 Zhūyá), « la belle falaise de jade » (琼崖 Qióngyá), et « le beau pays du jade » (瓊州 Qióngzhōu). Les deux derniers font référence aux perles qui abondent au nord de l’île. Ils sont d’ailleurs conservés dans l’abréviation actuelle du nom de la province : Qióng (琼).

Bateaux de pêcheurs chinois sur la plage de Sanya

C’est en quelque sorte un mini–monde, avec ses rivières, ses plages, ses montagnes, ses villes côtières et ses villages à l’intérieur des terres, son agriculture florissante — l’adjectif, j’en conviens, est bizarre si on considère qu’il y a également du riz paddy, de la noix de coco, de l’huile de palme, des fruits tropicaux (bien évidemment), du poivre noir, du café, du thé, de la noix de cajou et de la canne à sucre cultivés — ses ports de pêche, etc. On ne se sent plus tout à fait dans le « grand » pays du milieu, mais dans un endroit plus à taille humaine !

Noix de coco à Sanya, île de Hainan, Chine

« Comment c’est la plage en Chine » ? Eh bien, c’est grand. C’est grand à tel point qu’en trois heures à pied dans le sable brûlant, nous n’arrivons pas en ville. La plage à Sanya s’étend en effet sur plusieurs kilomètres de littoral, longée par un boulevard qui sépare les serviettes, les cocotiers et la crème solaire des complexes hôteliers plus ou moins luxueux situés de l’autre côté.

Palmiers sur la plage de Sanya

Car dire qu’il y a de nombreux hôtels est un euphémisme : les hordes de touristes chinois et russes (le coût pour des vacances tropicales semblent abordables pour ces déficients en mélanine amateurs de vodka) présents partout dans les environs le confirment dès les premiers regards.

Crabes sur la plage de Sanya

On croisera sur la plage de nombreux habitants caractéristiques des lieux, plus ou moins inattendus : des milliers de crabes gros comme un ongle qui, pour se nourrir, filtrent du sable et le recrachent sous forme de boulettes tout autour de leur trou ; des limules1 échouées, quelques méduses, des vendeuses de fruits issues de la minorité locale Li2 qui vous harcèleront pour vendre leurs produits, etc.

Carapace de limule sur la plage de Sanya, île de Hainan, Chine

Corps de limule sur la plage de Sanya, île de Hainan, Chine

vendeuse de fruits de la minorité Li à Sanya, île de Hainan, Chine

À côté de ces habitants typiques, on peut mentionner la présence de nombreux individus motorisés, en quad, à pleine vitesse, sans attention particulière pour la faune pédestre tranquillement étendue près d’eux.

Rickshaw sur la plage de Sanya, île de Hainan, Chine

Jet Ski devant la baie et les immeubles à Sanya, île de Hainan, Chine

De même pour leurs congénères juchés sur des jet-skis passant parfois très près des baigneurs paisibles. Qu’on se le dise, les plages en Chine ne sont pas vraiment des havres de paix !

Spécialités culinaires

Table de banquet chinois à Sanya, île de Hainan, Chine

Les villes du sud proposent moins de raviolis vapeur que celles du nord, mais regorgent tout de même de plats locaux, et Sanya ne fait pas exception.

Aquariums de restaurant à Sanya, île de Hainan, Chine

D’abord on trouvera, en se promenant le soir, les innombrables barbecues et petits stands qui s’alignent le long des rues au bitume défoncé et grouillantes de vie passé le coucher du soleil…

Stands de barbecues à Sanya, île de Hainan, Chine

Vendeurs aux barbecues la nuit à Sanya

Le touriste en goguette y trouvera à coup sûr son bonheur en choisissant parmi toutes les brochettes de légumes (aubergines ou champignons caramélisés, maïs saupoudrés de cumin, oignons, piments, etc. — exclusivement pour les palais fins bien entendu) et de poisson proposées.

Étal de fruits tropicaux à Sanya la nuit

Aubergine au barbecue à Sanya, île de Hainan, Chine

Maïs au barbecue et noix de coco à Sanya, île de Hainan, Chine

Car les produits de la mer sont évidemment privilégiés sur l’île du Hainan, et les touristes chinois se jettent à pleines dents sur les prises effectuées dans la journée par les pêcheurs locaux.

Vendeuse de viande ambulante à Sanya, île de Hainan, Chine

En fait, à bien regarder l’œil des animaux concernés, pas si sûr qu’il date du jour même… D’ailleurs, il nous a été conseillé par notre auberge de ne pas y toucher, et par extension de ne pas approcher non plus les fruits de mer !

Étal de barbecue à Sanya, île de Hainan, Chine

Alors jouant la prudence pour ne pas gâcher nos vacances, nous ne nous aventurons pas à goûter ces charmants cadavres tout écaillés ! Pourtant, les occasions sont nombreuses au bord de plage où chaque famille semble avoir ouvert un restaurant maritime et harangue le quidam pour remplir la salle.

Restaurant de crustacés et de poissons à Sanya, île de Hainan, Chine

En devanture de ceux-ci, des aquariums (similaires à ceux trouvés dans les grandes surfaces chinoises) présentent les futurs plats encore vivants. Ou presque.

Yanoda, la forêt tropicale

Détail du logo Yanoda à Sanya, île du Hainan, Chine

Détail d'un végétal de la forêt tropicale Yanoda à Sanya, île du Hainan, Chine

L’opportunité que constitue cette latitude nous a permis de découvrir une partie des 1500 kilomètres carrés que constitue la forêt tropicale sur l’île de Hainan.

La forêt tropicale Yanoda à Sanya, île du Hainan, Chine

Après un trajet d’environ une heure en minibus sur des routes sinueuses, l’accueil à l’entrée du parc est un grand classique des tours organisés chinois : un GG (Gentil Guide) qui agite un petit drapeau et des GA (Gentils Animateurs) qui, en chœur, font le V de la victoire de la main et s’écrient « Yanodaaaaaaa » !

Groupe de touristes chinois et leur guide à Yanoda, la forêt tropicale

Nous faisons partie d’un groupe de touristes (tous chinois) où personne ne parle un mot d’anglais, autrement dit, la visite sera sans parole pour nous !

Photo souvenir chinoise dans la forêt tropicale Yanoda à Sanya, île du Hainan, Chine

Tout est artificiel dans le parc, sauf la forêt. Les chemins à travers les troncs sinueux sont réalisés sur de petits pontons de métal et de bois surélevés, les éventuels dangers sont matérialisés par de nombreux avertissements, on constate que l’ensemble est fait pour que les masses soient canalisées au mieux…

Groupe de touristes chinois dans la forêt tropicale Yanoda à Sanya, île du Hainan, Chine

C’est un peu le point négatif de l’excursion, mais tellement commun à tant d’autres sites touristiques en Chine, que nous ne nous en émouvons pas.

Détail de végétal dans la forêt tropicale Yanoda à Sanya, île du Hainan, Chine

Perroquet chinois dans la forêt tropicale Yanoda à Sanya, île du Hainan, Chine

La visite a duré une bonne partie de la matinée et du début d’après-midi. Nous avons pu approcher des perroquets — les touristes chinois payent assez cher pour être pris en photo avec — mais pas d’autres animaux si ce n’est un minuscule bout d’iguane terrorisé par les cris incessants que poussaient des groupes d’immenses mammifères sans poils en le voyant !

Iguane dans la forêt tropicale Yanoda à Sanya

touristes chinois prenant en photo dans la forêt tropicale Yanoda à Sanya, île du Hainan, Chine

Les végétaux sont impressionnants pour certains, et même les attractions pour touristes disséminées tout le long du parcours ne parviennent pas à éclipser ce qui, à l’état naturel, constituerait un véritable « enfer vert ».

L'enfer vert de la forêt tropicale Yanoda, île de Hainan, Chine

Photos souvenir à vendre dans la forêt tropicale de Yanoda, île de Hainan, Chine

Encore un peu de marche, une cascade, une photo souvenir à payer poliment refusée, une cérémonie du thé un peu exécutée à la va–vite–pour–vendre–plus–en–moins–de–temps plus tard, et nous redescendions vers Sanya en minibus sous une chaleur tropicale ! Yanodaaaaaa !

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  1. Les limules sont des animaux étranges, issues de la préhistoire, témoins de l’évolution et donc réellement intrigantes. À tel point qu’elles auraient inspiré le concepteur de la créature d’Alien ! Il y a plus à lire dans l’article Limule de Wikipédia, l’encyclopédie libre. []
  2. La minorité Li comprend les habitants originaux de l’île, descendants supposés des tribus Yue, dont on pense qu’ils résidèrent sur l’île, il y a plusieurs milliers d’années.

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Un commentaire pour “Escale à Sanya 1/2”

  1. [...] nos escales successives à Sanya, Kunming, Lijiang et Dali, il était temps pour nous de repartir plus à l’est, dans la province [...]