Escapade à Hangzhou 2/2

Suite de l’article consacré à une rapide escapade à Hangzhou, non loin de Suzhou.

Vue du lac de l'ouest à Hangzhou un jour de brume

Si vous avez manqué la première partie, je vous suggère de commencer par là, puis de revenir ici par la suite.

La digue Bai Juyi sur le lac de l'Ouest à Hangzhou

Ce billet traitera plus en détail de la visite du site du Feilaifeng, du Lingyinsi, d’un passage au village de Longjing et à celui de Meijiawu, avant de terminer par la pagode Baoshi. Accrochez vos ceintures, cet article est plutôt long.

Le Feilaifeng

Embarcation se perdant dans la brume du lac de l'Ouest à Hangzhou

L’heure du réveil à cette saison est du genre brumeux aux alentours du lac de l’ouest d’Hangzhou. Les voiles de la brume recouvrent l’horizon, les bateaux ressemblent à des vaisseaux fantômes, bref, un paradis de l’imaginaire.

Mais le temps gris ne fait pas la part belle qu’aux embarcations aquatiques. C’est toute la région qui se charge d’une atmosphère lourde, silencieuse. Les couleurs sont plus denses, plus sombres aussi, et sans doute plus théâtrales. Les sommets sont plongés eux aussi dans les brumes, empêchant la foule de les appréhender.

Vue du Feilaifeng ou Fei Lai Feng le pic venu en volant à Hangzhou

C’est un de ces sommets qui est célèbre dans la région : le Feilaifeng, 飞来峰, que l’on rencontre aussi Fei Lai feng (qui se prononce « filafeung » ; les joies du pinyin), et aussi appelé Ling Jiu feng.

Ce nom signifie le « Pic venu en Volant », à cause — selon la légende — d’un moine hindou nommé Huili. Il y a environ 1 600 ans, en voyant cette montagne si différente de celles qu’il avait vu jusqu’alors en Chine, et tellement similaire à celles de son Inde natale, il se serait demandé pourquoi le Gradhrakuta antique (kuta se traduirait approximativement par « pic » ou « sommet » en hindi), un mont sacré dans la culture hindoue, était venu jusque dans l’actuelle province du Zhejiang… en volant ! Et le nom donné alors au pic a été conservé jusqu’à nos jours.

Bouddha sculpté dans la pierre du Feilaifeng à Hangzhou

Il n’est pas très haut (seulement 210 mètres), mais les locaux voient dans ses roches de calcaire (qui tranchent avec les roches locales plutôt de grès rose) de nombreux animaux fantastiques (singe, dragon, tigre, etc.) qui hantent le mont…

Parc du Lingyin Si à Hangzhou

On y accède pour 45 yuans, mais malheureusement pour moi, je n’ai pas eu le temps de grimper là–haut, faute de temps (qui plus est, avec la brume je ne suis pas sûr que j’aurais pu distinguer quoi que ce soit).

Les grottes rupestres du Feilaifeng à Hangzhou

En revanche, pour avoir payé le droit d’accès, on peut profiter également de tout le site touristique qui y est adjacent. La visite a duré toute une matinée, en débordant quelque peu sur l’après-midi (mon guide indiquait deux heures de visite) !

Grottes rupestres du Feilaifeng à Hangzhou

 Grottes naturelles à Hangzhou dans le parc du Feilaifeng

La découverte du lieu commence par l’exploration de grottes naturelles creusées dans la roche, où sont sculptées plusieurs divinités de la mythologie indienne (mes excuses, je ne saurais pas faire les présentations).

Galerie de divinités bouddhiques sculptées dans la roche du Feilaifeng à Hangzhou

Niche de pierre pour une divinité Bouddhique au Feilaifeng à Hangzhou

Ces plus de trois cents statues dont l’état de conservation varie — l’action naturelle de l’érosion et celle culturelle du touriste–qui–touche–à–tout — ont été créées là entre le Xe et le XIVe siècle1.

Figurine sculptée dans la roche du Feilaifeng à Hangzhou

Statues de divinités sculptées dans la roche du Feilaifeng à Hangzhou

Ces figures étaient apparemment cinq cents à l’origine, et ont été édifiées dans le but de conjurer les malheurs de la légende.

Divinité extrême-orientale sculptée dans la pierre du Feilaifeng à Hangzhou

Le Feilaifeng, avant d’« atterrir » dans les montagnes Wulin (en caractères simplifiés 武林山), aurait causé la destruction de nombreux villages qui se trouvaient sur sa route !

Divinité Hindoue sculptée dans la roche du Feilaifeng à Hangzhou

On peut schématiser en disant que les statues seraient donc des prières adressées au mont, figurant les divinités de son lieu d’origine, afin qu’il se sente comme chez lui, à deux pas de Hangzhou, et pourtant à quelques milliers de kilomètres de l’Inde !

Le mélange des cultures est fascinant, contribuant à la renommée et à la mysticité du site…

Inscriptions chinoises et Hindoues au Feilaifeng à Hangzhou

Inscriptions chinoises taillées dans la pierre au Feilaifeng à Hangzhou

Impossible de manquer le fameux Maitreya2 (le mot en caractères latins vient du sanscrit, qui signifie amical ou bienveillant) datant du début du deuxième millénaire après J–C., sur sa couche de calcaire, emblème du lieu, et présent jusque sur les billets d’entrée.

Le Maitreya sculpté près du Feilaifeng à Hangzhou

On dit de lui qu’il « rit à gorge déployée de la vanité du monde »…

À proximité, on peut faire un peu de marche à travers la roche, les arbres et les lianes, plusieurs sentiers sillonnent jusqu’en haut des collines avoisinantes.

Photo du parc attenant au Feilaifeng et au Lingyin Si à Hangzhou

Vue des environs immédiats du Feilaifeng et du Lingyin Si à Hangzhou

Forêt à proximité du Feilaifeng et du Lingyin Si à Hangzhou

Une fois en haut, on surplombe les alentours, on distingue le haut du Feilaifeng dans les brumes et on se croit un peu au milieu de la jungle !

Le temple Lingyin

Cour principale du Lingyin Si à Hangzhou

Tout de suite après quelques passages dans les grottes du site, on accède via une promenade au Língyǐn Sì, en hanzì simplifiés : 灵隐寺, le « temple de la retraite des âmes ». L’entrée est payante (trente yuans) mais il s’agit tout de même d’un des temples bouddhistes les mieux entretenus en République Populaire de Chine !

Détail architectural du Lingyin Si à Hangzhou

Lion chinois au Lingyin Si à Hangzhou

Bougies électriques au Lingyin Si à Hangzhou

Brûloir à encens chinois au Lingyin Si à Hangzhou

Détail architectural au Lingyin Si à Hangzhou

Fenêtre d'un temple chinois au Lingyin Si à Hangzhou

Brûloir à encens chinois au Lingyin Si à Hangzhou

L’ensemble des bâtiments se visitent en une bonne heure pour les non spécialistes, et semblent en effet très bien rénovés malgré leur grand âge (le temple a originellement été fondé au IVe siècle avant notre ère par le même moine Indien évoqué plus haut)…

Statue dorée au Lingyin Si à Hangzhou

Puis, on se rend compte au détour d’un panneau explicatif que le temple a été reconstruit une quinzaine de fois !

Façade d'un bâtiments du Lingyin Si à Hangzhou

Gros plan sur une fresque chinoise au Lingyin Si à Hangzhou

Fresque chinoise au Lingyin Si à Hangzhou

En arrivant face au premier hall, de grands brûloirs sont alimentés en permanence par les fidèles qui y jettent des bâtonnets par grosses poignées après avoir effectué un rituel de prière face (me semble–t–il, d’après mes observations sur place) aux quatre points cardinaux.

Rituel bouddhique et brûloir à encens au Lingyin Si à Hangzhou

L’air est chargé d’une fumée bleuâtre, l’odeur d’encens domine, des particules de cendres virevoltent dans l’atmosphère brumeuse du matin.

Encens chinois au Lingyin Si à Hangzhou

Brûler un paquet d'encens au Lingyin Si à Hangzhou

Nous parcourons l’ensemble des bâtiments en éprouvant un mélange de fascination et de respect, tout en évitant d’avoir le réflexe photographique…

Autel à bougies électriques au Lingyin Si à Hangzhou

Les escaliers se succèdent, on prend de la hauteur, on découvre des salles ornées de Bouddhas démesurés et dorés, taillés dans des blocs de camphrier.

Divinités bouddhiques dorées au Lingyin Si à Hangzhou

C’est vraiment très impressionnant et les quelques photos prises ne reflèteront malheureusement jamais la grandeur des autels et statues.

Bouddha au Lingyin Si à Hangzhou

Il y a en tout six temples plus ou moins intéressants, et qui valent tout de même la visite, au moins pour s’imprégner de l’ambiance et contempler le paysage verdoyant…

Temple et sous-bois près du Feilaifeng et du Lingyin Si

Jardin des moines du temple voisin voisin du Feilaifeng et du Lingyin Si à Hangzhou

Jardin de bambous dans le temple voisin du Lingyin Si à Hangzhou

Coursive traditionnelle chinoise à côté du Lingyin Si à Hangzhou

Forêt de bambous à proximité du Feilaifeng et du Lingyin Si à Hangzhou

Certains endroits dans ces lieux de prière sont assez délaissés par les touristes alors on peut profiter un peu du calme des environs.

Temple voisin du Feilaifeng et du Lingyin Si

Moine bouddhiste au Lingyin Si à Hangzhou

Vue des environs immédiats du Feilaifeng et du Lingyin Si à Hangzhou

La pluie rendait les couleurs très contrastées, passant de verts profonds à des gris lointains et soulignait les couleurs majoritairement jaunes des bâtiments.

Le bon thé du dragon

Plantation de thé vert Longjing à Hangzhou

Après une bonne matinée à marcher, un peu de bus ne fait pas de mal. Je n’en ai pas encore parlé mais le réseau routier de la ville d’Hangzhou est vraiment bien fait (contrairement à celui d’autres villes).

Sentier au village de Longjing à Hangzhou

Je me suis donc rendu à Lóngjǐng, le village qui produit le thé homonyme, le 龍井茶, plus intelligiblement le lóngjǐng chá3.

La route qui y mène serpente à travers les collines couvertes de plantations de thé en terrasse, et ce jour-là, les lieux étaient désertés par les touristes, toujours à cause du temps maussade.

Collines plantées de thé vert Longjing à Hangzhou

En se promenant et en grimpant un minimum, on peut accéder à des plates-formes utilisées par les travailleurs du thé pour se rendre aux champs, et ainsi contempler les vallées recouvertes d’arbustes verts.

Cultivateurs chinois de thé Longjing à Hangzhou

C’est encore plus impressionnant à certains endroits où les employés descendent, le terrain paraît très glissant et est réellement escarpé.

Le village de Lóngjǐng ne présente en lui-même qu’un intérêt commercial, on peut y acheter et déguster l’or vert dans quasiment toutes les maisons (transformées en salon de thé).

Thé vert Longjing au village de Meijiawu à Hangzhou

Il semble également que l’on puisse assister régulièrement à des démonstrations de séchage de feuilles ; mais vu la météo, ce n’était évidemment pas au programme des distractions du jour !

Passage à Meijiawu

La rue principale du village de thé Longjing Meijiawu à Hangzhou

Un autre village perdu au milieu des collines (et pourtant à moins d’une demi-heure du lac de l’ouest de Hangzhou) est celui de Mejiawu, qui est également accessible en bus, et qui, lui aussi, s’est transformé en commerce à ciel ouvert.

Le village Meijiawu produit du thé Longjing

Mais en marchant un peu le long de la route principale (impossible de se tromper, il n’y en a qu’une), on peut sortir du village à proprement parler et se retrouver au pied des champs de thé en terrasse, où de nombreux ouvriers récoltent, à cette période de l’année, les jeunes pousses.

Plantations de thé vert Longjing en terrasse au village Meijiawu près de Hangzhou

Là encore, la balade est dépaysante. Les couleurs sont inhabituelles, la vallée voit ses sommets perdus dans les volutes du ciel très bas, et le vert sombre des plants contraste avec les habits de pluie des gens qui travaillent là.

Plantations de thé vert Longjing dans le village de Meijiawu à Hanghzou

En revenant en bus, encore des collines, des champs à perte de vue, des bambous le long de la « départementale » qui rejoint le centre.

Marche jusqu’à la pagode Baoshi

Vue de la pagode Baoshi à Hangzhou depuis la rive est du lac de l'Ouest

En faisant le tour du lac de l’ouest, difficile de manquer cette haute silhouette effilée qui se détache du haut des monts au nord. En entreprenant le tour du lac à pied, on peut aisément s’y rendre et accéder aux hauteurs où elle a été construite au Xe siècle.

Vue en contre-plongée de la pagode baoshi à Hangzhou

Mais avant d’y arriver, il faudra tout de même monter quelques cinq cents marches — plus ou moins raides — à l’abri sous les immenses bambous courbés qui se rejoignent en une voûte loin au-dessus du sol.

Escaliers menant à la pagode Baoshi à Hangzhou

Une fois arrivé, les étages de cette pagode (on ne peut pas la visiter, des barrières en interdisent l’accès) semblent moins impressionnants mais on a la chance, en revanche, de pouvoir profiter de la vue surplombant d’un côté le lac, et de l’autre la ville moderne.

La pagode Baoshi à Hangzhou

Cela va sans dire, un des côtés est beaucoup plus attrayant que l’autre.

La ville moderne de Hangzhou

Quelques personnes font leurs exercices matinaux (en plus des marches déjà gravies) ou jouent de la musique.

Kiosque près de la pagode Baoshi à Hangzhou

Un sentier permet également de se promener le long de la crête de la colline, et de rejoindre d’autres endroits où je n’ai malheureusement pas pu aller.

Pont chinois et saules pleureurs à Hangzhou

Au final, Hangzhou est vraiment une ville à part car elle est réellement avantagée par son lac qui concentre les attentions, ce qui dissimule aux yeux des touristes pressés la ville nouvelle, moderne, qui, elle, reste une grande agglomération de deux millions d’habitants.

  1. Soit sous les dynasties Song (960–1279) et Yuan (1279–1368). []
  2. Dans le bouddhisme, le Maitreya sera le prochain Bouddha à faire son apparition lorsque l’enseignement de l’actuel aura disparu. Les curieux iront voir l’article Wikipédia « Maitreya » qui y fait référence, ce détail est beaucoup trop pointu pour être développé ici. []
  3. Je ne ferai pas d’historique du thé, d’abord parce que c’est un vaste sujet — surtout en Chine — et également parce que d’autres le font bien mieux que je ne le pourrai jamais. Il faut cependant savoir que le thé venant de la région d’Hangzhou est très prisé et peut atteindre des sommes considérables. []

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