Le jardin de la Forêt du Lion

Cet article fait un bref compte–rendu de notre visite du jardin de la Forêt du Lion, un autre jardin traditionnel chinois à Suzhou, élément caractéristique du savoir–faire des hommes de la région du delta du Yangtze.

Un pavillon au jardin de la forêt du lion à Suzhou

Patrimoine culturel chinois

Comme le jardin de l’humble administrateur que nous avions déjà visité, il y a quelques temps, celui–ci est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis l’an 2000.

Vue de l'intérieur du jardin de la forêt du lion à Suzhou

Il bénéficie également d’une protection étatique en tant que relique culturelle (assimilable à nos monuments historiques français) depuis 2006, date à laquelle le Conseil d’État de la République Populaire de Chine lui a permis de rentrer dans ce cercle très fermé d’endroits et monuments remarquables, lui assurant par là même une grande notoriété nationale et internationale.

Pavillon et étendue d'eau au jardin de la forêt du lion à Suzhou

Bien évidemment, comme tout les sites importants, il possède une histoire très détaillée qui suit le fil de l’histoire de la Chine et qui débute en 1342, sous la dynastie Yuan et le règne de l’empereur Zhi Zeng. À l’origine de sa construction intervient un groupe de moines qui firent l’achat d’un hectare de forêt où ils bâtirent leur monastère.

Le maître, portant le doux patronyme de Abbot Tian Ru, choisit le nom du jardin en souvenir de la falaise du lion, dans les monts Tianmu (dans la province du Zhejiang), lieu où son propre mentor (dont le nom ne vous parlera sans doute pas plus que le sien) résidait. Bref, une histoire de mémoire comme la Chine a su en produire de nombreux exemples tout au long de sa longue construction.

L’histoire de ce jardin croise celle de Chengde (que nous avions visité et dont un résumé est disponible sur [Sino]graphie), la ville de villégiature d’été des empereurs, au nord–est de Beijing, au moment où Qian Long — après son passage en 1765 — en fît bâtir une réplique dans son palais d’été.

Dorures sur un pavillon dans le jardin de la forêt du lion à Suzhou

C’est apparemment sur cette exportation du savoir–faire des terrassiers, jardiniers et ingénieurs du delta du Yangtze que la réputation de l’original s’est faite : en appliquant leurs compétences au nord, ils assurèrent l’avenir de ce jardin qui est aujourd’hui, selon les guides, le plus célèbre de Chine !

Passage de rocs dans le jardin de la forêt du lion à Suzhou

Il va sans dire que le prestige des jardins de Suzhou est étroitement lié à cet évènement. Mais les liens enchevêtrés de l’Histoire se poursuivent car en 1918, le jardin de la Forêt du Lion fut racheté par un riche industriel, Bei Renyuan, grand–père de I. M. Pei, le constructeur du Musée de Suzhou, situé deux rues plus loin et que nous avions également visité au début de cette année. Il fut rendu accessible au public en 1953, lors de son ouverture et de la fin de sa rénovation par la municipalité de Suzhou.

La visite est assez brève car la superficie n’est pas si importante, à peine un hectare et demi, dont une grande partie couverte par le plan d’eau central. Divers pavillons proposent de contempler des meubles anciens, mais comme d’habitude, le peu de traductions en anglais rend notre appréciation un peu difficile.

Labyrinthe souterrain au jardin de la forêt du lion à Suzhou

Le plus inédit reste le labyrinthe de pierres que forment les amoncellements de roches aux silhouettes torturées et qui créent un dédale où les nombreux touristes chinois venus en groupes viennent se perdre.

Jeu de lumières dans un passage souterrain du labyrinthe du jardin de la forêt du lion à Suzhou

La totalité de cet amas de rocs est surplombé par de grands arbres centenaires qui viennent donner une touche de respiration végétale, en complément des quelques bambous disséminés ça et là.

Fenêtre murale chinoise traditionnelle

Une histoire de lions chinois

En parlant du roi des animaux présent dans le nom du jardin, j’ai été intrigué par la présence partout de cette figure emblématique qui n’avait, a priori, rien de chinois (on en trouve jusqu’en Inde, mais pas au–delà à l’est), en tout cas bien moins que le tigre qui, lui, fait réellement partie de la faune du pays du milieu.

En effet, dans presque tous les temples, jardins et édifices impériaux, on trouvera des représentations sculptées de cet animal de chaque côté des portes bien qu’il n’en existe aucun à l’état sauvage en Chine. L’origine de cette icône remonte à la dynastie Han (IIIe siècle avant J.–C. et les six siècles suivants) et aux animaux offerts en cadeau à l’empereur par l’antique pays d’Anxi (une partie de l’Iran contemporain).

Les Chinois durent être fortement impressionnés par les caractéristiques de la créature car dès lors elle devint très célèbre. Aujourd’hui, le lion est toujours présent dans le paysage urbain chinois (et pas seulement sur l’enseigne des concessions automobiles d’une grande firme française) et avec des déclinaisons plus ou moins nobles devant les banques, les hôtels, etc.

Le couple de deux lions sacrés en Chine

Ils vont la quasi–globalité du temps par deux : le mâle a une patte posée sur une sphère (le pouvoir de rendre l’univers uni sous son pouvoir) et la femelle caresse ses petits (en symbole de la fertilité ou du pouvoir de la lignée).

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