État des lieux
des transports en Chine

Je l’ai déjà mentionné dans certains articles passés, les moments où l’on se sent le plus proche de la population chinoise — au sens propre comme au figuré — ce sont les laps de temps passés dans les transports en commun.

En vérité, les modes de déplacement en Chine sont vraiment une des caractéristiques les plus visibles du décalage culturel que nous avons constaté. Voici donc un petit compte–rendu de nos observations qui est sans nul doute loin de refléter toute la réalité et la diversité des moyens de locomotion, mais toujours éprouvé !

Fenêtre de wagon de train entre Chengde et Beijing

À pied

Puisque c’est quand même le moyen le plus économe et également le meilleur pour flâner dans les rues et ruelles bondées des cités, commençons par la marche à pied ! Au début, on ne s’en rend pas compte mais les distances sont réellement gigantesques ici.

Un croisement à Suzhou

À l’institut par exemple, si l’on veut faire seulement le tour de l’enceinte, mieux vaut prévoir une bonne demi–heure. Rien que la route longeant le complexe universitaire et qui rejoint le boulevard « Wuzhong dadao » mesure environ un kilomètre.

Wuzhong Dadao à Suzhou

Et il ne faut même pas penser aller au centre–ville à pied à moins de s’équiper d’une tente.

En marchant, on se rend vite compte qu’on ne passe pas inaperçu car tout le monde nous dévisage, nous observe comme de curieuses bêtes égarées au milieu de la foule. C’est vrai que les laowai1 voyagent généralement en bus climatisé et surélevé, bien au frais pour contempler la (vraie) vie des habitants dans la rue…

En deux roues…

C’est l’un des grands lieux communs de la Chine, les habitants privilégient le déplacement à deux–roues, qu’il s’agisse d’une bicyclette ou d’un scooter électrique.

Scooters à Suzhou sous la pluie

Ici, pas de moteurs thermiques, les mobylettes et petites motos pétaradantes que l’on connaît en France sont absentes au profit du silence des engins fonctionnant à l’électricité.

Rickshaw à Suzhou

D’ailleurs, bon nombre de chinois rêveraient de posséder une moto très bruyante, vu leur goût immodéré pour le bruit. Cela étant, l’absence de décibels provoqués par les moteurs et les pots d’échappement est compensée par l’utilisation à tout bout de champ de sonnettes et klaxons.

Alignement de scooters électrique à Suzhou

Vélib en Chine à Suzhou

Au début, on croit qu’un coup d’avertisseur est le signe du mécontentement ou de l’impatience du conducteur, comme dans la tradition occidentale ; en fait il s’agit plus d’un bruit que l’on pourrait traduire par « attention, rangez–vous, je passe », l’équivalent du bruit du moteur chez nous !

À noter aussi, la présence de gros gants intégrés aux poignées du guidon en hiver sur certains modèles !

Triporteur avec gants chauffants

Rickshaw

Cousin des deux–roues, on le trouve soit mécanique (comprenez à la force des mollets, le fameux « pousse–pousse ») ou thermique, voire électrique. On parlera dans ces deux derniers cas d’autorickshaw.

File de rickshaws à Suzhou

Ceux qui sont munis d’une capote et d’une banquette arrière sont bien sûr utilisés par les touristes en quête d’une « authenticité », qui leur rappelle les albums de Tintin !

Rickshaw au repos à Suzhou

Mais les rickshaws sont aussi utilisés par les habitants pour transporter toutes sortes de marchandises, souvent en grandes quantités et dimensions (il n’est pas rare de voir un ramasseur de sacs poubelles affublé d’une remorque où culmine une montagne de plastiques bien plus haute et large que le conteneur).

Scooter électrique couvert de recharges de fontaines à eau

Auto-rickshaw au Suzhou Art & Design Technology Institute

Triporteur à Chengde

Les bus chinois

Le moins que l’on puisse dire à Suzhou, c’est que l’espace disponible pour chaque personne à l’intérieur des bus est plutôt restreint. Tout particulièrement en ce qui concerne les bus faisant la liaison entre le campus universitaire et le centre–ville. Imaginez un bus français, mais sans amortisseurs.

Intérieur d'un bus à Suzhou

Placez–y deux écrans de télévision débitant un flot ininterrompu de programmes débilitants censés faire patienter les voyageurs, et commencez à y entasser un maximum de monde.

Les bons jours, vous aurez encore assez de place pour vous tenir vraiment debout plutôt que de tenter de garder un équilibre précaire (et assez de souffle), coincé entre d’autres personnes qui vous poussent toujours plus pour tenter de grappiller une place pour un coude ou quelques centimètres pour un pied. Mieux vaut avoir les nerfs solides et du sang–froid, car on se rend très vite compte à quel point la lutte pour un espace personnel dans ce pays peut dégénérer…

Intérieur d'un bus chinois à Suzhou

L’explication de cette véritable guerre urbaine réside certainement dans le prix du transport : seulement deux yuans (vingt centimes d’euros), ce qui rend ce mode de locomotion particulièrement populaire.

Il y aurait réellement beaucoup d’anecdotes à raconter sur tout ce qui nous a été donné de voir pour l’instant dans les bus en Chine, et il faudrait en faire un article complet. Plutôt que cela, juste un exemple : une fois, nous avions emprunté un bus pour traverser la ville qui a mis presque quatre heures pour faire moins de vingt kilomètres, bloqué à cause de travaux. Le moteur calait à tous les arrêts, si bien que le conducteur, en voyant de la fumée sortir de la trappe du moteur (située juste à ses pieds), a fini par y verser son thermos de thé !

Les métros des grandes agglomérations

Là c’est très différent : les lignes sont toutes flambantes neuves, propres, lumineuses. Toutes les villes n’ont pas de métros et nous n’avons emprunté que ceux de Shanghai et de Beijing. Dans les deux cas, ils sont très pratiques et assez bon marché, le prix n’excédant jamais les huit yuans pour traverser la ville. En revanche, nous avons été surpris de voir qu’à chaque entrée, un contrôle des bagages aux rayons–x est obligatoire, comme aux portes des gares. Il faut cependant éviter les heures de pointe car le flot de personnes devient vite dangereux pour les touristes, les bousculades ne peuvent être évitées et le risque d’être piétiné en haut des escalators est parfois réel !

En train, à grande ou petite vitesse…

Avec le bus, il s’agit là d’un des meilleurs postes d’observation de la vie quotidienne chinoise pour le touriste occidental. Sans exagérer, on peut mieux appréhender certaines mœurs des indigènes durant le trajet — parfois long — entre deux villes.

Intérieur d'un train entre Beijing et Chengde

Il existe plusieurs catégories de trains : ceux qui s’apparentent à nos inter–régionaux, plutôt anciens et au confort parfois très relatif, et les express modernes, disposant d’autant de confort qu’un TGV français pourrait en avoir. Il existe, pour les longues distances, quatre catégories de réservation, par prix et confort croissant : siège dur, siège mou, couchette dure (!), et couchette molle.

Couchettes molles dans un train Beijing-Suzhou

Ce qui reste le plus perturbant est l’impossibilité de réserver sa place plus d’une semaine à l’avance, même quand on a planifié un périple à travers tout le pays ! À noter que les prix semblent faire du yo–yo suivant la période durant laquelle on voyage (pendant les congés, le prix peut passer du simple au double).

Taxis et « faux–taxis »

Partout en Chine, les taxis sont munis de compteurs. Le prix de la course débute à dix yuans (un peu plus d’un euro !) pour cinq minutes de trajet, puis il faut compter un peu plus d’un yuan par kilomètre parcouru. Vraiment économique par rapport à l’équivalent français ! Les chauffeurs de taxi ne parlent — bien évidemment — pas un mot d’anglais, encore moins de français, et ont beaucoup de mal avec notre accent… Alors généralement, la parade est de montrer une carte de visite avec l’adresse où l’on veut se rendre, ou bien le nom du lieu écrit en sinogrammes sur un guide de voyage.

L’intérieur des taxis est aménagé de façon presque toujours similaire : le chauffeur est abrité dans une bulle de plexiglas (la peur de l’agression par le passager ?) ou derrière un grillage, et les sièges sont recouverts de housses blanches escamotables (question d’hygiène sans doute).

Intérieur d'un taxi à Suzhou

Nous avons eu la désagréable surprise, dans certaines villes, de nous voir refuser l’arrêt de plusieurs taxis successifs, sans plus d’explications. Après coup, on nous a expliqué que beaucoup de chauffeurs ne veulent pas « perdre de temps » avec des étrangers [qui ne savent pas ce qu’ils veulent] !

L’alternative aux taxis officiels est de louer les services d’un « faux–taxi » (nom inventé pour l’occasion), comprenez par là un chauffeur indépendant, sans statut officiel (donc non–habilité à prendre des passagers) et avec des vitres teintées pour empêcher les autorités de voir qui est dans la voiture.

À l'intérieur d'un faux-taxi à Suzhou

Mais là, pas de compteur : il faut négocier — en chinois — le prix de la course ! C’est souvent pittoresque, les gens tentent de communiquer avec nous, la musique hurle dans les haut–parleurs, les klaxons retentissent avec force, les freins crissent… Rien pour guérir du mal des transports !

En voiture en Chine…

Les routes de Chine sont selon les statistiques les plus dangereuses du monde : plusieurs dizaines de milliers de morts et dix fois plus de blessés l’an passé… (Je vous recommande chaudement la lecture de cet article sur l’examen du permis de conduire en Chine)

Camion chinois sur Wuzhong dadao à Suzhou

Depuis le début de l’année, nous avons été témoins de plusieurs accrochages entre divers véhicules ! En revanche, c’est très étonnant : aucune bosse sur les carrosseries des voitures, bien que le trafic soit tout le temps anarchique et assimilable à un grand capharnaüm !

Camion chinois au centre de Suzhou

Avenue au centre-ville de Beijing

Là aussi, les conducteurs usent de leur klaxon à tout va pour signaler leur passage, et font des appels de phares pour avertir les autres véhicules de leur présence.

Camion transportant des bouteilles de gaz en Chine à Suzhou

La conduite en ville est moins rapide qu’en France, et tout le monde a adopté ce que l’on pourrait appeler un « style coulé », autrement dit chacun avance doucement de son côté, jusqu’au moment où tout est coincé !

Le traffic routier dans Dongcheng à Beijing

Dès le jour où nous sommes arrivés, nous avons goûté à cette particularité du pays : sur l’autoroute qui nous amenait à Suzhou, une voiture faisait demi–tour après que le conducteur se soit rendu compte qu’il avait manqué la bonne sortie ! Les chinois roulent véritablement à « tombeau ouvert » !

  1. Le terme de laowai est courant en Chine, et on peut l’interpréter de différentes façons. Certains linguistes parlent de lao qui signifie « vieux », connotant la sagesse, et wai qui se traduit comme « étranger ». Personne n’est d’accord sur la connotation méliorative ou péjorative du mot, et il crée de nombreux malentendus. J’ai récemment lu un article proposant une comparaison intéressante entre ce mot et le « gringo » utilisé en Amérique pour désigner les Latinos–Américains. []

Les commentaires sont fermŽs !