Détour par Chengde

Dans le prolongement de notre séjour à Beijing au mois de janvier, nous avions planifié un petit détour par la ville de Chengde — 300 000 habitants tout de même — située à quelques 200 kilomètres au nord–est de la capitale.

Carte de la République Populaire de Chine, présentant la situation géographique de Chengde

Voyage en train vers Chengde et hôtel trois étoiles

Le personnel de l’auberge de jeunesse à Beijing, Sitting on the City Walls, a été très sympathique en nous aidant à nous procurer des billets de train pour notre départ, car sans eux, c’eut été difficilement réalisable : avec l’arrivée des vacances scolaires du nouvel an chinois, les agences de vente de tickets étaient prises d’assaut.

Le train entre les deux villes a mis presque six heures pour faire deux cent kilomètres, alors que nous étions entassés à six sur deux banquettes d’un mètre de long pour cinquante centimètres de profondeur ! Nos TER français ressemblent à des parangons de luxe, d’espace et de calme à côté de ces trains–ci.
Le service de bord propose à toute heure boissons chaudes, journaux, souvenirs de la SNCFC (j’ignore le nom de la compagnie mais il faut bien lui en donner un), repas lyophilisés, snacks, etc.

L'intérieur d'un train chinois reliant Beijing à Chengde

Comme toujours, les transports en commun chinois permettent d’observer directement les mœurs parfois surprenantes des habitants : raclements de gorge tonitruants (heureusement, les habituels crachats sont proscrits dans les wagons), tabagisme envahissant, conversations à haute voix partout et sans discrétion ou gêne aucune, grignotages variés (friandises, fruits, pattes de poulets sous vide, etc.) et ininterrompus, rots et autres expulsions de gaz corporels en public, bref, au début on est quelque peu interloqués mais on finit par s’habituer. La culture et les habitudes de chaque pays sont différentes !

Par la fenêtre du rain reliant Beijing à Chengde

Le voyage nous donne un peu de temps pour lire, écouter de la musique ou regarder le paysage. Ce dernier est assez sauvage par moments, les collines sont coiffées de pins et d’arbres sans feuilles, notre train emprunte de nombreux tunnels creusés dans le relief montagneux de la région.

L’arrivée à Chengde nous refroidit légèrement : le premier décor que nous contemplons par les vitres du train est un immense chantier, des grues accolées à des immeubles aussi hauts que ceux que nous voyons déjà trop souvent à Suzhou ! Nous qui pensions trouver — naïfs que nous étions — une petite bourgade un rien moins urbanisée !

Vue depuis la fenêtre d'hôtel à Chengde

Quelques immeubles à Chengde

Une fois arrivés devant notre hôtel, situé à cinq minutes de la gare (en taxi), nous constatons qu’il s’agit d’un « trois étoiles » haut d’une vingtaine d’étages. C’était pourtant le moins cher, étant donné qu’il n’y a aucune auberge de jeunesse dans cette ville. La chambre triple (trois lits d’une personne, d’usage fréquent en Chine apparemment) coûtait trois cent yuans.

Le hall se veut à l’image des palaces occidentaux, sans toutefois arriver à masquer la désertion et la décrépitude des lieux. Les plafonds aux plâtres craquelés, les tapisseries défraîchies et l’arrière du comptoir servant de débarras posent le décor. Cela va sans dire, le personnel ne parle pas un mot d’anglais. Nous comprenons vite que le trois étoiles ne doit l’être que pour la parade !

Dans la chambre, nous découvrons un poste de télévision, une prise Internet déficiente, une table de jeux électrique (avec dés et cartes sans doute, nous ne l’avons pas branché), un téléphone rose dans la salle de bain, de grandes fenêtres avec vue imprenable sur plusieurs barres d’immeubles assez laids, le tout dans un style années–soixante–mal–entretenu–et–qui–sent–bon–le–plastique. Mais cet inventaire n’entame pas notre plaisir de pouvoir dormir au chaud et un peu au calme !

L’hôtel nous avait même fourni des tickets de petits déjeuners, compris dans le prix de la chambre, mais comme il s’agissait de la version chinoise (comprenez des viandes en sauce soja, du riz, des plats plutôt lourds, etc.), nous nous sommes abstenus.

La chambre d'hôtel à Chengde

Balade au centre de Jehol

Chengde était la résidence des empereurs une fois l’été venu. Le pèlerinage permettait à la cour d’échapper aux chaleurs suffocantes de la capitale, si bien que la ville était devenue un haut lieu de la politique de l’empire.

Une rue à Chengde

À notre échelle, nous avons pu nous rendre compte d’un contraste saisissant entre la capitale et cette ville de province, et ce à de nombreux niveaux. D’abord en ce qui concerne la propreté générale : il y a beaucoup d’ordures partout dans les rues, et les gens ne semblent pas s’en émouvoir, au contraire, chacun jette devant chez lui ses détritus et autres déchets habituels, ainsi que des sacs plastiques qui colorent de façon désastreuse les collines environnantes…

Canal gelé dans la ville de Chengde

Ensuite, on sent bien que Chengde est beaucoup moins touristique que Beijing : notre présence force la curiosité des habitants, qui nous regardent avec insistance et semblent se demander ce que nous pouvons bien fabriquer ici. C’est d’ailleurs bizarre car la ville figure dans les guides touristiques.

Peut–être que les étrangers ne sont que de passage et ne s’aventurent jamais dans les rues, à l’extérieur de leur confortable voyage organisé, à la rencontre de la vraie vie…

Une rue à Chengde

En tout cas, l’animation règne dans les rues, on croise partout des vendeurs et leurs étalages éphémères de fruits, de viandes, de poissons rouges (coincés sous une couche de glace à la surface de l’eau de leur bocal), de babioles, etc.

Étalages de fruits dans une rue de Chengde

Le Temple de la Paix Universelle

Puning Si, 普宁寺, est le temple lamaïque le plus au nord de la ville, accessible en taxi ou en bus et quand même assez excentré, il s’agit de la première visite que nous ayons pu faire durant la journée et demie passée sur place.

À l'intérieur du temple de la Paix Universelle

L’une des particularités de la ville est qu’elle offre de nombreux temples à visiter, dont certains sont de véritables curiosités architecturales. Celui–ci en fait partie puisque c’est la réplique construite au XVIIIe siècle du Samye, le plus ancien temple du Tibet. Il fut bâti pour célébrer une victoire remportée sur les voisins nordiques de la Chine, les Mongols.

Bâtiments du temple

Bâtiments du temple de style tibétain

Certains bâtiments sont toutefois de style plutôt chinois, mais après une volée d’escaliers, on voit nettement la différence. Des rouleaux à prières, de l’encens brûlant dans des autels, des tankas tibétains, etc.

Moulins à prières dans le temple

Encens à l'intérieur du temple

La visite durera deux bonnes heures, avec à l’intérieur d’une salle au fond du temple la découverte d’un grand Bouddha de 23 mètres de haut ! Le guide mentionne également son poids, un petit cent tonnes, mais nous ne sommes pas allés vérifier.

Derrière le temple, à flanc de colline, un petit chemin flanqué de centaines de cadenas gravés à la date et au nom de chaque généreux donateur.

Gros plan sur un amas de cadenas dans le temple

Ensuite, nous avons savouré la vue surplombant la vallée depuis l’une des terrasses, écouté une brève cérémonie religieuse accompagnée d’instruments typiques et échangé trois mots en mandarin avec les lamas qui étaient présents dans le temple.

Comme toujours, il aura fallu se dépêcher un brin à la fin de la visite, car les portent ferment tôt, aux alentours de seize heures, quand le jour commence à décroître.

Un bois de cyprès derrière le temple

Le temple de l’École du Potala

Vue générale du temple de l'École du Potala

Reproduction en miniature de son modèle originel, cet endroit semble la plus incroyable apparition de la région ! La visite en hiver est rendue moins agréable à cause du vent et du froid (le tableau éphéméride de notre hôtel avait annoncé –18 degrés) mais le plaisir des yeux reste entier.

Le boulevard reliant la vallée des temples à la ville de Chengde

Le parking délabré devant le temple de l'école du Potala à Chengde

Là aussi, nous avons sans doute visité avec beaucoup moins de bruit et de foule qu’au printemps, mais il nous a semblé que quelques bâtiments annexes étaient fermés. Nous y avons tout de même passé une demi–journée avant de rentrer.

Paysage environnant le temple de l'école du Potala

Le bâtiment principal du temple

Vue en contre-bas de quelques bâtiments de style tibétain

Les couleurs blanches et rouges de l’édifice principal de 43 mètres de haut tranchaient nettement avec le ciel bleu1.

Cour intérieure du bâtiment principal

Gros plan sur une fausse fenêtre d u bâtiment principal

Dans la cour du temple

Les lieux sont désertés par les lamas et on rentre à l’intérieur du bâtiment principal pour monter sur le toit, d’où la vue est imprenable sur les temples alentours et la région.

Vue en contre-plongée du bâtiment principal

Quelques stûpas sur le toit d'une construction

L'un des bâtiments annexes du temple de l'école du Potala

Un autre bâtiment annexe du temple de l'école du Potala

Le parc impérial et l’ancien palais d’été

C’est avec regret que nous n’avons pas pu faire cette visite, faute de temps. En effet, l’endroit est gigantesque : 564 hectares ! Il nous aurait fallu plus d’une journée complète rien que pour pouvoir explorer le parc, sans compter le palais… et l’entrée n’est pas donnée : 90 yuans, sans réduction étudiante. Ajoutez à cela le froid persistant, il n’a pas fallu longtemps pour que nous renoncions à explorer l’endroit. Dommage, mais il y a toujours tant à faire en si peu de temps…

Retour à Suzhou

Le retour vers notre institut à Suzhou s’est fait avec une étape à Beijing, le temps d’un changement entre la gare centrale (où arrivait le train qui partait de Chengde) et la gare du sud où nous prenions un train de nuit pour rentrer. Dans les wagons, nous avons encore une fois pu faire l’expérience de la vie en Chine : les poissons qui décongèlent au–dessus de vos têtes dans les porte–bagages, le bruit qui ne semble poser de problèmes à personne, etc.

Arrivée à Suzhou au petit matin après une nuit blanche, bercée par le grincement des roues du train sur les rails !

  1. Beaucoup moins immaculé que celui de Beijing, qui restera énigmatiquement parfaitement azur, et générera beaucoup de questions. Comment la voûte céleste d’une des villes les plus polluées au monde peut–elle être si peu dégradée ? []

2 commentaires pour “Détour par Chengde”

  1. [...] de ce jardin croise celle de Chengde (que nous avions visité et dont un résumé est disponible sur [Sino]graphie), la ville de villégiature d’été des empereurs, au nord–est de Beijing, au moment où [...]

  2. [...] visite dans la capitale au mois de Janvier 2011. Mais nos vacances ne s’arrêtaient pas là, un détour de trois jours par la ville de Chengde était prévu ; détour rapporté dans l’article qui y est [...]