Balade à Beijing 1/5

C’est la fin du premier semestre au Suzhou Art & Design Technology Institute, et le moment pour tous de faire une pause jusqu’au 20 février, date de la fin des vacances du nouvel an chinois. Pour bien débuter ces dernières, nous décidons de visiter Beijing (en caractères simplifiés : 北京), littéralement traduit par la « capitale du nord », en opposition avec Nanjing (南京), vous l’aurez compris, la « capitale du sud ».

Carte globale de la Chine montrant les villes de Beijing, Nanjing, Shanghai, Suzhou

Bien évidemment, aujourd’hui, ces noms n’ont plus la même résonance car Beijing est bien la seule capitale de toute la République Populaire de Chine, et s’il fallait l’opposer avec une autre ville, ce serait avec Shanghai : la première est effectivement le centre névralgique de l’état, là où résident tous les pouvoirs et toutes les administrations, mais la seconde semble être le cœur économique du pays, la vitrine moderne du pays du milieu.

Nous entamons donc une série de quatre articles sur cette découverte de la capitale, et comme pour notre visite à Shanghai, il ne s’agira pas de faire un compte-rendu jour par jour de ce que nous avons pu visiter et éprouver, mais plutôt de faire un condensé des temps forts de ce séjour de plus d’une semaine.

Voyage de nuit

Il faut savoir que cette période est très spéciale. Lors des vacances du nouvel an [chinois], le rythme de la vie dans le pays change : chacun rentre chez soi pour fêter l’évènement en famille, loin de son lieu de résidence habituel. Les médias nomment parfois ce phénomène la « grande transhumance », en rapport au flux incroyable de personnes utilisant les transports en commun à cette occasion.
Nous en avons subi les conséquences : au moment de prendre nos billets de train : l’office situé dans l’école (dans le même local que l’opticien, très logique) était bondé, les étudiants cherchant tous à obtenir leurs billets pour rentrer chez eux.

Après tous ces déboires liés encore une fois à l’organisation disons « particulière » des transports en Chine, nous avons obtenu des places dans un train de nuit faisant la liaison entre Suzhou et Beijing, avec quelques arrêts dans des villes aux noms obscurs.
Départ à presque 22 heures le 14 janvier et arrivée en gare de Beijing sud le lendemain à 7 heures 10. À bord du train, tout confort dans la cabine à quatre couchettes : climatisation, écrans de télévision individuels —programmes en chinois bien sûr—, couettes et oreillers, tablette, thermos d’eau chaude. Un train très propre, neuf et avec toutes les commodités !

Après une nuit plutôt agitée (l’isolation phonique des trains et des compartiments est aux standards chinois, soit quasi–inexistante) nous quittons la gare en taxi, tant bien que mal, sans que le conducteur ne comprenne réellement l’adresse de notre auberge…

Sitting on the City Walls

Heureusement, après avoir réussi à faire comprendre au chauffeur d’appeler le numéro mentionné sur la réservation, et après une heure dans les embouteillages, il nous mène à bon port, au nord–est de la Cité Interdite, soit dans l’extra-centre de la capitale.

L’auberge de jeunesse s’appelle Sitting on the City Walls, autrement dit quelque chose comme : « s’asseoir aux murs de la cité ». Bien nommée car elle se situe réellement à cinq minutes à pied des murs de la Cité Interdite ! Le propriétaire a entièrement couvert et aménagé une 四合院, soit une siheyuan1 d’époque, rendant l’endroit très chaleureux et hospitalier pour le routard de passage.

Beijing Hostel Sitting on The City Walls

Là aussi, comme à Shanghai, l’auberge de jeunesse est vraiment tout confort : chambre chauffée et partagée à quatre, salle de bain pour chacune. Du côté des services proposés, petits–déjeuners, repas, tours organisés aux différents sites de la Grande Muraille, à l’opéra, etc. L’accueil était vraiment bon, en anglais, et le personnel était toujours disponible pour nous fournir des renseignements et pour nous obtenir tous nos billets de train !

Les Hutongs

Dongcheng, le quartier où nous logions, fait partie des hutongs de Beijing. Si certains espaces de la capitale sont connus pour leur immensité, il est indéniable que ceux–ci donnent une vision plus humaine de la ville. Ces lieux de vie populaires sont constitués de ruelles sinueuses, bordées de maisons et de commerces sans étage aux murs de briques grises, et où les habitants se baladent à vélo ou à scooter électrique, en faisant respectivement tinter leur sonnette et hurler leur klaxon.

hutong à Beijing

Notre première visite au cœur de ceux–ci nous mène au milieu des bouches d’égouts débordantes de liquides ménagers divers gelés (il fait froid en cette saison), des poteaux électriques en ciment, des toilettes publiques (il n’y en a dans aucune maison), des rickshaws, des pousse–pousse, des voitures de luxe ou d’autres abandonnées, des salons de coiffure et de massages (aux services apparemment ambigus car ouverts très tard la nuit), etc.

hutong à Beijing

On se sent un rien intimidés, occidentaux privilégiés en quête d’une once d’« authenticité » de cette Chine qu’on ne connaît que finalement peu.

hutong à Beijing

Quelques photos de choses surprenantes, j’essaye de ne pas me comporter comme le touriste grossier en chasse du « bon cliché », mitraillant à tout va, sans égard pour la vie quotidienne et néanmoins privée de tous ces habitants…

hutong à Beijing

Certains n’y seront sans doute pas sensibles de la même manière, mais ces hutongs ont un parfum de respect mêlé de nostalgie. Car ces quartiers sont en voie de disparition, démolis pour bâtir des immeubles insipides ou des hôtels touristiques, bref, la fine fleur de l’immobilier moderne !

hutong à Beijing

Quelle ironie de penser à tous ces gratte–ciel qui émergent dans la capitale là où au temps des empereurs aucun édifice ne devait dépasser le toit du bâtiment le plus haut de la Cité Interdite…

La lecture continue avec l’article suivant à propos de notre escapade à Beijing en ce mois de Janvier 2011.

  1. Comprenez par ce terme une habitation traditionnelle chinoise organisée autour d’une cour intérieure, et complètement coupée du quartier alentour car ne comportant aucune fenêtre ne donnant sur les rues qui l’entourent. Puisqu’un exemple concret vaut mieux qu’un long discours, vous pouvez consulter cette image de Siheyuan proposée sur Wikipédia, l’encyclopédie libre. []

Un commentaire pour “Balade à Beijing 1/5”

  1. [...] le prolongement de notre séjour à Beijing au mois de janvier, nous avions planifié un petit détour par la ville de Chengde — 300 000 habitants tout [...]