Musée de l’opéra

L’opéra chinois est connu en occident surtout pour les couleurs chatoyantes qu’arborent les masques des solistes ainsi que les costumes de ces derniers.
Au pays du milieu, cet art de la scène est en réalité bien plus qu’un divertissement léger et est présent sous six formes principales, avec des variantes très spécifiques à chaque région.

Musée de l’opéra Kunqu à Suzhou

Bas-relief au musée de l’opéra de Suzhou

À Suzhou, le Musée de l’opéra donne des représentations du style « Kunqu » (en caractères simplifiés : 昆曲, ou bien encore kūnqǔ en pinyin) qui est propre à la région du Jiangsu. Cette forme d’opéra est très célèbre car elle a inspiré notamment l’opéra de Pékin, 京剧 Jīngjù, il faut aussi rappeler qu’elle a été créée sous la dynastie Ming (au XVIe siècle). Toutefois, elle semble un peu tombée en désuétude car jugée trop dramatique et trop élitiste par la population, qui s’est apparemment tourné progressivement vers des genres d’opéra moins compliqués.

Il faut savoir également que les dialectes parlés dans les pièces renseignent souvent sur l’appartenance du spectacle à tel ou tel « style », et rendent donc bien souvent incompréhensible la trame narrative pour une partie de l’auditoire, fusse-t-il chinois ! L’utilisation du surtitrage numérique en caractères simplifiés facilite la compréhension pour tous les sinophones mais pas pour nous !

Je ne m’attarderai pas sur les différentes formes que peut revêtir l’opéra chinois, car la liste est longue et on peut trouver d’intéressantes références grâce aux moyens de recherche sur Internet. Je me concentrerai davantage sur la visite du musée de l’opéra de Suzhou.

Musée de l’opéra Kunqu à Suzhou

Ce dernier est situé dans le centre-ville, dans la discrète Zhongzhangjia xiang, une petite rue qui jouxte Pingjian .

L’intérieur du musée présente quelques calligraphies, des manuscrits de textes de certaines pièces très connues en Chine, des éléments de décors (paravents, tentures, mobilier, etc.), ainsi que certaines pierres ornées de fresques, et une exposition non traduite de l’histoire moderne de l’opéra.

Détails sculptés dans un paravent au musée de l’opéra à Suzhou

Fresque sur panneau de bois au musée de l’opéra à Suzhou

Après quelques déambulations, notre attention a été retenue par les répétitions matinales d’une jeune artiste dans un des bâtiments.

Portrait d'actrice d’opéra Kunqu à Suzhou

Nous découvrons une scène modeste, une dizaine de mètres carrés à peine, ainsi qu’une salle meublée d’environ cinquante chaises et tabourets. Les murs de la salle sont recouverts de vitrines où sont exposés des costumes, accessoires et coiffes traditionnellement employés.

Costume au musée de l’opéra à Suzhou

Coiffe d'acteur présentée au musée de l’opéra à Suzhou

Costumes d’opéra au musée de Suzhou
L’obscurité qui règne renforce encore l’attraction qu’exerce sur nous la jeune comédienne et nous nous arrêtons quelques instants avant de comprendre que la pièce sera jouée l’après-midi même.

Après déjeuner, nous retournons au même endroit (l’accès est gratuit !) et achetons des billets pour seulement dix yuans. Nous avons droit à deux heures de spectacle très étonnant, divisé en quatre « actes » que se partagent quatre protagonistes : un souverain armé de son sabre (le wusheng 武生) et son bouffon (le jing 净), une jeune femme (la zhengdan 正旦), celle des répétitions, mais cette fois méconnaissable sous son maquillage et sa tenue, et enfin un sage vieil homme (xusheng 须生).

Personnage du spectacle au musée de l’opéra à Suzhou

Deux acteurs au musée de l’opéra à Suzhou

Tous les personnages sont aisément identifiables pour qui a appris certaines de leurs caractéristiques.

Actrice d’opéra Kunqu à Suzhou

Ainsi, les couleurs renseignent sur la mentalité du personnage (le rouge pour la dévotion, le courage, la droiture, la loyauté ; le noir témoigne la dureté et la férocité ; le blanc la méfiance et la ruse voire la roublardise et la traîtrise ; le jaune la férocité et l’ambition ; le vert la violence et l’impulsivité ; le bleu la férocité et la ruse ; le violet la droiture et la sophistication) et il en va de même pour certains attributs vestimentaires (éventail, arme, fausse barbe, couvre-chef, etc.).

Coiffe au musée de l'opéra Kunqu à Suzhou

Armes factices de théâtre Kunqu

Les mouvements sont également tous très codifiés et nous sommes parfois intrigués par certaines postures qui semblent totalement étranges mais en réalité, limpides pour les initiés.
Pour la représentation à laquelle nous avons assisté, le surtitrage de la pièce est écrit en hanzì bien entendu—nous ne comprenons donc absolument rien—, la salle est comble, certains sont même venus filmer la performance, posant leur encombrant matériel juste devant les spectateurs de derrière… Mais ça n’arrive pas à gâter le spectacle, rythmé par les tonnerres des instruments de musique devenant parfois assourdissants !

Instrument à percussion ressemblant dans le principe d'utilisation à un xylophone

À la sortie il est également possible d’acheter dans une petite boutique des DVD et CD des pièces les plus populaires, malheureusement incompréhensibles pour qui ne parle pas le mandarin.
Une expérience là encore très divertissante et dépaysante, à mille lieues de l’opéra tel qu’on le conçoit en Europe !

Un commentaire pour “Musée de l’opéra”

  1. [...] Quelques différences avec le spectacle auquel nous avions pu assister au musée de l’opéra de Suzhou. [...]