Cours d’encadrement
traditionnel chinois

En lien avec l’art de la calligraphie, nous avons eu l’opportunité de suivre, plus que de participer1 à un cours d’encadrement à l’institut de design et technologie de Suzhou.

Pinceaux accessoires d'encadrement traditionnel chinois

Nous avons eu six journées complètes pour nous rendre compte qu’il s’agit là d’un savoir-faire artisanal bien ancré dans le patrimoine chinois, au même titre que l’apprentissage de la céramique qui nous a permis de comprendre les bases de cet art plurimillénaire.
L’encadrement est l’ultime phase du travail de calligraphie et l’embellissement de celle-ci, en lui procurant ce que l’on pourrait considérer comme une marie-louise2. La technique permet donc de véritablement créer un espace autour de l’œuvre, sorte de silence propice à la contemplation optimale de la calligraphie.

Travaux d'encadrement au Suzhou Art & Design Technology Institute

Travaux d'encadrement au Suzhou Art & Design Technology Institute

Les deux premiers jours ont été assez décevants, car uniquement basés sur la théorie et l’histoire de la technique.

Professeur du Suzhou Art & Design Technology Institute

Le professeur avait à charge d’initier un groupe d’une trentaine de jeunes professeurs d’art (qui avaient la trentaine tout de même) venus des quatre coins du pays — c’est dire s’ils venaient de loin pour certains —, sans oublier cinq jeunes français, ne comprenant pas un traître mot de mandarin, élément qui n’a pas joué un rôle favorable dans notre découverte de cet art traditionnel.

Pinceau accessoire d'encadrement traditionnel chinois

Le troisième jour, un peu excédés par l’absence de traducteur —ainsi que par l’attitude puérile des stagiaires très dissipés —nous accueillons avec enthousiasme la démonstration qui nous est présentée de la fabrication artisanale de papier de riz3 épais.
La première chose à faire pour cela était d’obtenir une colle faite d’eau et de poudre de riz fine (je le suppose, n’ayant pas vérifié cette information, car le riz rentre dans la composition de certaines colles très fortes). Chacun se relayait —y compris avec l’aide des étudiants Français— pour tourner pendant un quart d’heure, le mélange qui s’épaississait dans le récipient, jusqu’à devenir une pâte blanchâtre très compacte. L’exercice était très physique vu les proportions de matières premières qui ont été nécessaires afin de fabriquer suffisamment de colle pour tous les stagiaires.

Fabrication de colle de riz au Suzhou Art & Design Technology Institute

Fabrication de colle de riz au Suzhou Art & Design Technology Institute

Fabrication de colle de riz au Suzhou Art & Design Technology Institute

La pâte a été ensuite diluée avec beaucoup d’eau, progressivement, et dans de petits récipients individuels, pour obtenir un liquide presque transparent. Celui-ci a été appliqué à l’aide de larges pinceaux sur les fines feuilles de papier de riz pour les encoller une à une, les unes sur les autres.
L’opération répétée une dizaine de fois, nous avons obtenu une épaisse couche de papier de riz, qu’il a fallu apposer sur de grands panneaux en bois presque à la verticale, pour les laisser sécher.
Le lendemain, nous avons pu les décrocher du bois en insérant une fine baguette de bois sous un angle des feuilles devenues très résistantes et opaques. L’opération nécessite une certaine dextérité sous peine de voir la feuille se déchirer complètement lorsque l’on tire dessus pour la séparer de son support.

Cours d'encadrement traditionnel au Suzhou Art & Design Technology Institute

Cours d'encadrement traditionnel au Suzhou Art & Design Technology Institute

La deuxième chose que nous ayons vu, et qui vient en aval du travail préparatoire de fabrication de la colle de riz, est l’encollage d’une longue et étroite bande de papier calligraphiée sur une surface de papier plus large et grande, de façon à former un cadre d’environ dix centimètres autour du papier où l’on a écrit (Mais les dimensions de la feuille encadrante varie, sans doute au gré de l’envie du créateur ou de la correspondance historique avec la forme des caractères, peut-être même en fonction du type de graphie utilisée pour calligraphier).

Cours d'encadrement traditionnel au Suzhou Art & Design Technology Institute

Pinceau accessoire d'encadrement traditionnel chinois

Les matières employées pour encadrer une peinture ou une calligraphie chinoise changent : il peut s’agir de tissu, de papier laissant apparaître des filigranes ou une fibre particulière, etc.

Travail d'encadrement au Suzhou Art & Design Technology Institute

La démonstration faite par l’enseignant est singulièrement impressionnante : même très chiffonné —volontairement pour la démonstration—, le papier à encadrer redevient parfaitement lisse lorsqu’il est détrempé et contrecollé sur la feuille porteuse.

Cours d'encadrement traditionnel au Suzhou Art & Design Technology Institute

Cours d'encadrement traditionnel au Suzhou Art & Design Technology Institute

Cours d'encadrement traditionnel au Suzhou Art & Design Technology Institute

Cours d'encadrement traditionnel au Suzhou Art & Design Technology Institute

Cours d'encadrement traditionnel au Suzhou Art & Design Technology Institute

Le papier de riz semble avoir bien des particularités surprenantes que nous ne connaissons pas en occident, où le papier est un coûteux dérivé du bois !

Mais là encore, nous avons été déçus car il avait été demandé à chaque stagiaire d’amener un ou plusieurs travaux de peinture ou de calligraphie pour pouvoir expérimenter l’encadrement.
Évidemment nous n’avions pas l’ombre d’une esquisse sur papier de riz, et fort heureusement, l’un des jeunes professeurs avait amené plusieurs travaux4.

Travaux d'encadrement au Suzhou Art & Design Technology Institute

En y repensant, je me dis que n’ayant pas déboursé un sou pour pouvoir suivre cet atelier proposé normalement aux stagiaires à un coût exorbitant, il n’était peut-être pas prévu que nous puissions en faire autant que les autres.
Car s’il y a une différence fondamentale entre l’enseignement en France et en Chine, c’est bien la gratuité de la scolarité (au-delà du relatif coût des études supérieures en art, causé par l’achat de fournitures) pour les élèves !
Il faut y songer, et ce qui nous semble relever, en matière d’éducation, du domaine de l’acquis en France (avec, pour être honnête, certains défauts) est à défendre bec et ongles contre ceux qui veulent —à plus ou moins long terme— nous en priver, prétextant de sombres arguments comptables complètement hors sujet.

Travaux d'encadrement au Suzhou Art & Design Technology Institute

Pour arrêter ces digressions et revenir dans le vif du sujet, il faut reparler du papier que nous avions fait sécher sur des planches. Il a ensuite été massicoté de manière à obtenir à partir d’une grande feuille, plusieurs feuilles de format proche du A4 (21X29,7 cm). Nous n’avons pas assisté à cette opération, faute de communication, personne ne nous ayant prévenu du décalage d’un jour de cours.

Livre traditionnel chinois dépliant

Livre traditionnel chinois dépliant

En tout cas, ces feuilles de papier ont ensuite été collées sous nos yeux et les unes aux autres à l’aide d’une savante manipulation et de la même colle de riz qu’auparavant. Tout ça pour constituer un corps de livre traditionnel chinois, s’ouvrant en un élégant et très long leporello5 (je m’excuse, je n’ai pas le terme technique en chinois).

Reliure traditionnelle chinoise au Suzhou Art & Design Technology Institute

Enfin, la couverture de ce livre est réalisée dans deux panneaux de bois fin, type contreplaqué, légèrement plus solide que du carton à reliure, et recouverts d’une étoffe détrempée et collée aux motifs géométriques. La couverture n’a évidemment pas de dos, puisqu’il s’agit d’un ouvrage que l’on déplie ; les deux panneaux sont contrecollés sur la première face de chaque côté du corps de papier.

Fabrication traditionnelle d'une couverture de livre chinois au Suzhou Art & Design Technology Institute

Fabrication traditionnelle d'une couverture de livre chinois au Suzhou Art & Design Technology Institute

Fabrication traditionnelle d'une couverture de livre chinois au Suzhou Art & Design Technology Institute

Fabrication traditionnelle d'une couverture de livre chinois au Suzhou Art & Design Technology Institute

Fabrication traditionnelle d'une couverture de livre chinois au Suzhou Art & Design Technology Institute

Alors évidemment, c’est un rien frustrant de ne pas pouvoir faire soi-même son propre livre et de l’emporter à la fin du cours, mais sans doute la raison est là aussi à chercher dans la gratuité du cours qui nous a été permis de suivre !
Vous l’aurez compris, comme pour l’atelier de céramique, nous n’avons pas pu emporter d’objet fini, mais nous nous sommes tout de même enrichi d’une initiation à un savoir-faire traditionnel, qui nous permettra — je l’espère — de réutiliser ces connaissances dans de futurs projets professionnels !

  1. La barrière de la langue, hélas ! []
  2. Une marie-louise est un espace de papier —ou d’un autre matériau— placé entre l’œuvre proprement dite et son cadre pour créer une transition []
  3. En préparant ce résumé, je me suis aperçu que le « papier de riz » n’est en fait pas constitué de riz ! Il est bien souvent fabriqué à partir de fibres de bambou, de chanvre ou avec d’autres plantes qui sont destinées à cela. []
  4. Bon, il a peut-être eu quelques regrets après coup de nous avoir gentiment laissé essayer car nous n’avons pas exécuté la chose avec toute l’adresse voulue ! []
  5. Article leporello sur Wikipédia :technique de pliage et de collage des pages d’un livre pour que le livre puisse s’ouvrir comme un accordéon []

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