Atelier de céramique

La céramique1 (appelée en chinois « táo cí » lorsque l’on parle du matériau et « yì shù » quand on parle de l’art) est un des arts anciens chinois, nous la connaissons surtout pour la porcelaine. Aussi, c’était l’un des ateliers qui nous était proposé en venant à l’institut d’art et de technologie de Suzhou.

Atelier de Céramique au Suzhou Design & Technology Institute

Céramiques au Suzhou Design & Technology Institute

Quel meilleur endroit pour s’initier à un art que le pays où il est sans doute né durant la préhistoire, il y a plus de 6 000 ans ? La céramique se retrouve dans de nombreuses utilisations en Chine, comme dans la confection des tuiles pour les maisons, des briques, et même dans la fameuse armée enterrée de Qin Shi Huang Di à Xi’an !

Céramiques au Suzhou Design & Technology Institute

Le cours de céramique a été le premier que nous ayons eu dès septembre. Car les cours ne sont pas du tout répartis comme dans les écoles d’art en France, à heure fixe chaque semaine tout au long de l’année. Par exemple (mais peut-être cela diffère pour les étudiants chinois), une matière choisie peut être dispensée uniquement sur un mois, à raison d’un ou plusieurs jours entiers par semaine.

Notre professeur était jeune, semblant n’avoir qu’une trentaine d’années. Durant la première semaine de cours, la température extérieure était très élevée, le soleil tapait fort, et nous en avons beaucoup souffert car faire de la céramique est assez éprouvant lorsque l’on découvre les gestes traditionnels !

Céramique au Suzhou Design & Technology Institute

Nos premiers cours ont donc été transpirants, à cause de la première étape venant dans la conception d’objet en céramique : le massage de la terre. Notre professeur nous a demandé de prendre une boule de terre et de la « masser » en la faisant rouler sur une table en bois.

Céramique au Suzhou Design & Technology Institute

Le cours se déroulant sous la forme d’un atelier pour nous seuls, le professeur s’absentait régulièrement, parfois pendant presque une heure, et pendant tout ce temps, nous devions faire rouler la terre.
Cela semble très simple, mais quand on ne connaît, ni le matériau, ni la bonne méthode qui fait économiser de l’énergie, eh bien c’est particulièrement épuisant, et plutôt long !
En revenant voir où nous en étions dans notre « apprentissage de la terre », le professeur coupait la boule de céramique de chacun pour vérifier si des bulles d’air ne restaient pas emprisonnées. Si, effectivement, il restait des trous, le massage était à refaire !

Je regrette que nous n’ayons pas eu de cours théorique ou de bref historique de la technique car notre professeur ne parle que Chinois. C’est Lisa, une autre enseignante qui s’est chargé des présentations, en français, mais nous ne l’avons vue que quelques fois.
Nous avons passé deux jours à essayer de comprendre comment bien appréhender cette première étape, avec deux techniques différentes, que nous avons baptisées « du bœuf » et « du coquillage », à cause de la forme que prend la boule de terre.
Au bout de deux jours de sueur, le professeur nous a fait une démonstration de ses talents au tour de potier : en peu de temps, la terre était massée, posée, montée, centrée sur la plaque de métal tournante, et en à peine cinq minutes, sous des gestes habiles, un vase haut d’une vingtaine de centimètres avait pris forme ! Nous avons été très impressionnés !

Céramique au Suzhou Design & Technology Institute

La deuxième étape est donc de poser la terre au centre du plateau en métal du tour, de façon assez brusque pour qu’elle soit bien collée à celle-ci.
Ensuite, chacun prend un récipient d’eau (une sorte de petit pot comme ceux que l’on utilise pour faire des châteaux de sable) et allume son tour électrique. Et là les festivités commencent : la vitesse de l’engin étant réglable, il faut déjà s’adapter!

Technique tournage de la céramique au Suzhou Design & Technology Institute

Technique tournage de la céramique au Suzhou Design & Technology Institute

Ensuite, on doit asperger la terre d’eau, caler un coude à l’intérieur de la cuisse, et essayer de garder toujours assez de force pour faire « monter la terre » une première fois, afin de centrer le futur vase. Il faut déjà réussir cela, et ce n’est pas évident du tout, personne ne réussit la première fois!

Ensuite pendant un mois entier, nous avons lutté et bataillé pour tenter de faire un vase original, mais bien souvent, les tentatives se soldaient par un échec, du fait d’une mauvaise technique, de notre manque de dextérité et de la difficulté à équilibrer les parois du vase.

Céramique au Suzhou Design & Technology Institute

Technique tournage de la céramique au Suzhou Design & Technology Institute

Mais nous avons tout de même réussi, à force d’essais et d’expériences ! En général, les vases mettent plusieurs jours à sécher complètement.
Pour le tournage des vases, il faut prévoir des vêtements sales, short et t-shirt, légers, venir en tongs en plastique car on ressort de l’atelier couvert de boue et trempés ! En revanche, pour l’anecdote, le frottement de la terre parfois sablonneuse sur les mains laisse ces dernières très douces !

Technique tournage de la céramique au Suzhou Design & Technology Institute

Technique tournage de la céramique au Suzhou Design & Technology Institute

Enfin, nous n’avons pas pu émailler (ou même couvrir, glacer) puis cuire les vases produits, le professeur ne nous a pas donné plus d’explications mais peut-être (c’est une supposition) les pièces étaient-elles trop fragiles pour être passées dans l’énorme four où plusieurs dizaines de vases peuvent être cuits en même temps.
En revanche nous avons vu le four fonctionner, au gaz, pendant plusieurs heures. La chaleur dégagée (600°C pour la terre cuite, à plus de 1 000°C pour une cuisson de pièces en grès) ne permet pas de rester trop longtemps à côté, et l’odeur de gaz non plus !

Céramiques au Suzhou Design & Technology Institute

Nous avons donc pu nous initier au tournage de la céramique à l’institut, grâce à un atelier équipé d’une trentaine de tours électriques et pourvu d’un stock de terre assez impressionnant, qu’il fallait aller chercher par blocs de vingt kilos sous le sol, dans une sorte de petite cave où l’humidité permet de conserver la malléabilité de la matière. Certes, nous n’avons pas pu créer de superbes vases en porcelaine, bleus et blancs, signes de l’époque Ming (XIVe – XVIIe siècle) comme on en voit toujours dans les films et autres clichés sur la Chine, mais ce fut tout de même une bonne découverte !
Ce premier cours a également été l’occasion de constater les différences d’habitudes des Chinois pendant les cours. En effet, s’il est impensable de fumer et de téléphoner pendant un cours en France, ici c’est tout à fait possible, pour les professeurs comme pour les élèves.
De même, rentrer son scooter électrique dans le bâtiment voire dans l’atelier ne pose pas problème ! C’est très étonnant la première fois !
Pour finir, nous avons étés surpris par la négligence des élèves : les ateliers ressemblent à un champ de bataille après chaque cours, personne ne range le matériel dont il s’est servi. Mais peut-être cela nous choque-t-il parce que nos professeurs nous ont toujours imposés de ranger ! De nettoyer ! De laisser l’endroit tel qu’on l’avait trouvé !
En somme, nous avons découvert un tout autre fonctionnement de l’environnement éducatif !

  1. Je parlerai de « céramique » dans cet article dans une acceptation générale du terme, car celui-ci regroupe de nombreuses choses différentes, suivant la composition de la matière première —de grès, de porcelaine, de terre cuite— mais aussi de la manière de cuire les objets fabriqués et enfin de leur éventuel émaillage ou glaçage. []

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