Apprendre le mandarin…

Quand on s’expatrie en Chine, on se confronte à un problème de taille : la barrière de la langue ! Au Suzhou design and technology institute, nous avons la chance de suivre un cours d’initiation de mandarin durant cette première partie de l’année scolaire.
L’enjeu n’est pas de maîtriser le hanyǔ (la langue des Hàn) en peu de séances mais plutôt d’avoir un modeste éventail de clés de communication afin de pouvoir énoncer quelques phrases pratiques dans la vie de tous les jours.

Babel

Notre professeur s’appelle Yingyue Zhu, elle travaille à l’institut dans le bureau des échanges internationaux et parle un anglais parfait, mais presque pas le français, même si elle peut comprendre certains mots !
Les cours sont donc dispensés dans la langue de William Shakespeare, ce qui ajoute une couche de complexité à l’apprentissage. Côté pratique, nous avons acheté un manuel en français : « 301 phrases dans les conversations en chinois » qui est structuré en leçons, avec pour chacune, vocabulaire, points grammaticaux, exemples de conversation, exercices.
On retrouve cet ancien sentiment que l’on éprouvait lors de nos premiers cours d’anglais à l’école primaire : celui d’être complètement largué ! Plus encore aujourd’hui, sans doute parce que l’on vieillit, et que nos cerveaux sont peut-être déjà moins malléables, mais aussi car on doit jongler ici avec trois langues orales et deux systèmes d’écritures différentes !

Le mandarin est très complexe à apprendre mais c’est une très belle langue comportant quatre tons, qui montre apparemment de grandes différences suivant la province où l’on se trouve en Chine ! Ainsi, deux personnes habitant le même pays peuvent très bien ne pas se comprendre suivant leur origine géographique car l’accent et la prononciation de certains mots diffèrent totalement ! À peine croyable quand on ne prend pas en compte l’immensité du pays–continent.

L’écriture, ciment de l’identité chinoise

Mais ces différences de prononciations qui peuvent aller jusqu’à l’incommunicabilité sont compensées par un système d’écriture qui partout est le même, à base de hànzì (l’écriture des Hàn), traduits en français par sinogrammes ou caractères chinois.
Cette notation écrite aurait été inventée, selon la tradition et Wikipédia, par Cang jie au cours du troisième millénaire de notre ère.
On dénombre des dizaines de milliers de caractères (entre 40 000 et 60 000) qui ont tous un jour été utilisés, mais désormais, il n’est nécessaire d’en connaître que quelques milliers au maximum (entre 2 000 et 3 000).
Il faut noter que depuis les années cinquante, en République Populaire de Chine, la notation écrite est en « caractères simplifiés » (簡體字, jiǎntǐzì), plus commode pour la lecture sur écran et l’impression de textes en très petits corps, alors qu’à Taiwan et à Hong–Kong, on utilise toujours des caractères dits « traditionnels » (繁體字, fántǐzì, qui signifie écriture compliquée), utilisés auparavant.

Transcription des sinogrammes en caractères romains

Devant la difficulté pour les étrangers à adopter cette notation écrite très particulière, le gouvernement chinois, dans la deuxième moitié du XXe siècle, a approuvé et adopté l’instauration de la transcription de la langue parlée et écrite en pinyin (拼音pinyin), qui signifie littéralement « épeler les sons ». Il s’agit donc d’une romanisation du Hanyù qui prend en compte les quatre tons que compte la langue, marqué à l’aide de signes diacritiques1, parfois familiers aux langues étrangères :

  1. - le ton haut, marqué à l’aide d’un macron : ˉ
  2. - le ton montant, signalé avec un accent aigu, ˊ, plus familier pour nous !
  3. - le ton descendant un peu qui remonte, employant un hatchek ou caron : ˇ
  4. - le ton descendant, employant l’accent grave : ˋ

Système de translation un peu déroutant au début, mais finalement assez lisible avec un peu de pratique. Mais ce n’est pas la seule difficulté, la prononciation n’étant pas du tout la même en pinyin ! C’eût été trop simple sans doute ! Eh oui, voyez plutôt ce bref extrait de notes personnelles, pas du tout correspondantes à la transcription phonétique2 :

Une transcription approximative orale de quelques notations du pinyin
Notation en lettres latines Son oral
B P
J T
H R « gutural »
IAN IENNE
X S
Z TS
CH TCH
Q TCH
ZH DJ
U OU (sauf devant un « j », « q » ou un « x »)
OU O
R J
C approximativement TS
G approximativement K

Bien entendu, ces variations sont également à ajouter à la différence de prononciation d’une syllabe suivant le ton qu’elle utilise.
Je vous fais grâce d’un exemple qui viendrait peut-être illustrer ces étonnantes particularités, mais qui alourdirait encore un article déjà trop chargé.

Il faut préciser également qu’une chaîne de caractères identiques (« ma » par exemple) n’aura pas du tout la même signification —ou n’aura plus du tout de sens— avec chacun des quatre tons !
De même, plusieurs mots ayant des sinogrammes différents peuvent avoir la même transcription en pinyin.

Quelques particularités

Vous le voyez donc, le mandarin n’est pas une langue simple, mais beaucoup moins complexe que le français par exemple.
En effet, il n’existe pas de temps de conjugaison en mandarin, les verbes ne changent donc pas de forme suivant que l’on parle du moment présent, du futur ou du passé, concepts introduits à l’aide de mots.
De même il n’y a pas de genre : on ne parlera pas d’ « une » table, mais de table, tout simplement.

Un autre point important est la manière de lire : le pinyin peut être lu avec ou sans espace entre les mots, les séparations rendant simplement la lecture plus aisée et plus rapide en caractères latins. Il en va de même pour les retours à la ligne. Les sinogrammes eux, se suivent sans espace-mot, mais il semble également possible d’en trouver pour faciliter la lecture.
D’un point de vue ortho–typographique, les phrases ne se terminent pas par un point « . » mais par un point blanc « 。». Il est également fréquent de trouver des virgules très étranges dont je n’ai pas trouvé de convention de notation. Les guillemets rappellent les guillemets français ouvrants et fermants : 《 》 .
Et forcément, les traductions en anglais sont souvent ornées de coquilles et autres fantaisies, mais n’en ferait-on pas si, à l’inverse, nous devions écrire en sinogrammes ?
Le sens de la lecture est désormais de gauche à droite, convention bien pratique pour la lecture sur écran, même si à l’origine on le lisait de haut en bas.

Le Xīnhuá Zìdiǎn, dicitonnaire de poche

Enfin, et ce sera la conclusion de ce bref article sur un sujet aussi vaste que celui des particularités d’une langue multimillénaire, un petit point sur l’usage d’un dictionnaire chinois.
Avec l’utilisation des graphèmes romains il n’y a pas de souci : un dictionnaire français est rangé par ordre alphabétique. Mais pour un dictionnaire chinois, c’est une autre histoire.

On peut chercher un mot de trois façons différentes dans un tel ouvrage.
1- Si on connait la transcription en pinyin d’un mot, pas de problème, une table alphabétique est présente en début de dictionnaire, renvoyant à la page correspondante à l’entrée voulue.

Dictionnaire de chinois contemporain de poche

2- Si on connaît la façon dont s’écrit un caractère, on recherchera le nombre de traits du caractère, dans son ensemble.

Dictionnaire de chinois contemporain de poche

3- Enfin, la dernière solution est de chercher —et c’est le plus surprenant— celui-ci dans la classification par nombres de composantes (ou traits) du « radical » du dessin.

Dictionnaire de chinois contemporain de poche

On reconnaît généralement le radical car il se retrouve dans différents caractères. Chaque caractère est ainsi divisé en deux parties, radical et complément, suivant une logique gauche / droite ou haut / bas ou bien encore extérieur / intérieur.
Cette liste classant tous les caractères formés de deux traits, puis trois, etc. renvoie à un index général (commun aux trois méthodes), renvoyant lui-même à la page voulue.
L’usage d’un dictionnaire chinois est donc plus compliqué, mais permet de rechercher un sinogramme de diverses façons !

Avec ce premier survol de ces sujets très complexes de la lecture des sinogrammes, du hànyù et également de l’écriture des hànzì, j’espère avoir réussi à mettre en lumière toute la difficulté à maîtriser le hanyǔ, qui est sans nul doute la clé pour comprendre la pensée et le monde chinois.

  1. Si on ne peut pas marquer ces caractères accentués, on peut également utiliser des chiffres écrits après les syllabes des mots écrits en pinyin (ce qui n’améliore pas la lecture): 1 pour le ton haut, 2 pour le ton montant, 3 pour le ton descendant et remontant, 4 pour le ton descendant et enfin 0 pour l’absence de ton, appelé aussi « ton neutre » []
  2. que l’on peut trouver, pour les curieux et les courageux sur l’indispensable Wikipédia []

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