Le temple du Mystère

Dès notre premier week-end au « pays du milieu », une petite balade à Suzhou s’est imposée d’elle-même afin de mieux appréhender la ville ou plutôt pour en avoir un premier aperçu, tant l’endroit paraît immense !

Le Temple Xuamiao à Suzhou

Suivant les conseils d’un élève de l’institut que nous avions rencontré, nous avons pris la direction du centre-ville historique en bus. Après presque une heure de trajet, et quelques dizaines d’arrêts, nous sommes arrivés aux abords de Guanquian street pour découvrir cette rue commerçante très populaire animée et surpeuplée, bordée par des magasins de mode et d’enseignes internationales.
Un rapide tour à pied du quartier nous a conduits au « temple du mystère », l’endroit que nous voulions voir.

Pavillon à l'extérieur du temple Xuanmiao

Lors de sa construction, cet édifice fut appelé « temple taoïste Zhenqing » puis, il a été renommé « temple taoïste Xuanmiao » pendant la dynastie « Yuan » (qui s’est étendue sur les XIIIe et XIVe siècles) La construction du temple a commencé en 276 après Jésus-Christ, pendant la brève période dite des « Jin de l’Ouest » (qui débuta en 265 de notre ère et dura une cinquantaine d’années). Des modifications on étés apportées lors de la dynastie Song (960-1279) afin de lui donner ses taille et aspect actuels.
Il a subi les affres du temps et de la guerre1 et a dû être rénové de nombreuses fois au cours de l’histoire. Cependant, certaines pertes sont apparemment irremplaçables, comme les statues érigées durant la dynastie Song et détruites au cours du XXe siècle.
Aujourd’hui il bénéficie d’une protection gouvernementale, lui assurant une attention et un soin particulier : il est préservé d’une part parce qu’il est un élément du patrimoine spirituel et culturel, et d’autre part parce qu’il est l’une des attractions touristiques les plus populaires de Suzhou.

Il s’agit donc d’un temple taoïste et à propos de religion en Chine, il faut noter la grande variété des confessions de la population.

Bougies allumées au temple du mystère à Suzhou

Sans rentrer dans les rouages compliqués de l’histoire, l’héritage de la Chine en terme de spiritualité est pour le moins riche : taoïsme (道教 en pinyin: dàojiào, littéralement traduit comme l’« enseignement de la voie », venu du XVe siècle avant Jésus-Christ), bouddhisme (originaire de l’Inde au Ve siècle avant notre ère) et confucianisme (qui s’est développé à partir du VIe siècle avant J.C., 儒學 ou, en pinyin toujours, Rúxué, traduit du chinois en français par l’« enseignement des lettrés »).

Autel dans le temple du mystère à Suzhou

Ces trois religions sont souvent mêlées les unes aux autres pour constituer ce qui est traduit comme « religion populaire » ; elles sont pratiquées majoritairement, et, du fait de leur consistance aléatoire, de façon individualiste ou presque. À celles-ci s’ajoutent l’islam, le christianisme (peu de chrétiens apparemment du fait de démêlés avec le Vatican, protestants et orthodoxes pour les chinois d’origine russe…), un peu de judaïsme (moins d’une dizaine de communautés, toutes dans de grandes agglomérations) et quelques autres confessions moins répandues.

Pour en revenir au temple du mystère, l’entrée est d’un prix modique (10 yuans, soit un peu plus d’un euro). Le bâtiment principal est le San Qing Dian, ou « Salle de la Pure Trinité », construit durant la dynastie Song. Son architecture est étonnante, « typique » est le mot qui m’est venu à l’esprit lorsque je suis entré (jugement de profane, je ne m’y connais pas assez pour juger de la qualité architecturale).

Toit temple Xuanmiao à Suzhou

Avec ses toits incurvés, ses colonnes, ses tentures colorées où s’étalent des sinogrammes liés au culte et avec sa charpente en bois, le temple est notre première rencontre « en dur » avec un monde que, culturellement, nous ne comprenons pas, mais que nous connaissons au travers de reportages télévisés !

Intérieur du temple du mystère à Suzhou

En guise d’hôtes, trois dieux gigantesques, dorés, s’élèvent derrière un autel où les croyants viennent s’agenouiller et réciter une prière en silence.

Des bougies à LED dans une annexe du temple du mystère

À l’extérieur, nous découvrons un autre autel où des bâtons d’encens sont brûlés par poignées.

Vue de l’extérieur du temple Xuanmiao

La dévotion est également matérialisée par des dons en espèces (des tas de yuans s’amoncellent par terre, jetés en offrande, sans que personne n’y touche alors qu’ils sont à portée de main !).
La disposition des éléments dans le temple semble (à mes yeux) extrêmement codifiée, comme si les créateurs du lieu avaient décidé à l’avance d’un parcours à suivre. Le silence dénote le fait que malgré l’entrée payante, nous sommes bien dans un lieu de culte, où l’on rend hommage et où l’on visite…

La visite se poursuit à l’extérieur de l’enceinte payante où des annexes du temple, situées autour de la place centrale, abritent, là aussi, des autels et divinités aux noms qui nous restent étrangers (et inintelligibles).

Autel dans une annexe du temple du mystère

Intérieur du temple du mystère

L’impression que je garde de cette visite est assez particulière, celle d’un lieu calme et silencieux autour duquel s’agite un univers commercial qui n’a rien d’ancien : une juxtaposition d’éléments culturellement et temporellement opposés mais néanmoins rassemblés dans moins d’un kilomètre carré !

  1. Jusqu’à tout récemment, lors de la révolution culturelle, il a été utilisé comme point de ralliement par les gardes rouges. []

2 commentaires pour “Le temple du Mystère”

  1. Je lis avec « avidité » tes commentaires sur tes aventures au pays de l’empire du milieu mon Tintin ! La suite ! La suite ! La suite !

  2. [...] ferveur des gens est toujours présente. Comme lors de notre visite du temple du Mystère à Suzhou, nous remarquons les gens qui s’agenouillent, brûlent de l’encens dans de grands [...]